Temps de travail : 28 heures plus tard

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En Allemagne, le syndicat IG Metall met la pression sur les entreprises et sur Angela Merkel afin d’obtenir une importante réduction du temps de travail et créer de l’emploi. De quoi inspirer nos propres syndicats pour sortir du « rien n’est possible » ?

Pour vous mettre de bonne humeur, rien ne vaut un petit tweet bien senti. Hier matin, peu après 8 heures, comme ça, l’air de rien, sur Twitter : « Allemagne : chômage au plus bas, excédents budgétaires records. Dans ce contexte, les syndicats de la métallurgie entament une grève pour les 28h par semaine. En France, chômage au plus haut et déficits budgétaires au max. Les 28h ne sont pas pour demain. » L’envolée lyrique est signée Jean-Michel Aphatie.

Passons sur le modèle allemand que les journalistes – très hauts placés sur l’échelle de la Merkelophilie, chérissent tant en oubliant l’envol des inégalités ; en oubliant la balance commerciale excédentaire (classée record du monde) ; en oubliant les jobs à un euro ; en oubliant les 20% de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté dans de nombreuses régions ; en oubliant que les femmes et les jeunes sont les premières cibles de la précarité.

Peu importe, passons. Ce qui est intéressant dans l’analyse en 255 caractères, espaces compris, de Jean-Michel Apathie, c’est l’impossibilité, en France, de se projeter dans une semaine de travail de 28h. On croirait lire le discours des « cost-killers » et autres budgétaires de Berçy : « Pas possible ». Parce que ça n’est jamais possible. Parce que « There is no alternative ».

IG Metall hausse le ton

Et si, sérieusement, l’idée la plus efficace pour réduire le chômage consistait précisément à partager et réduire le temps de travail ? Après tout, en France, entre 1997 et 2002, deux millions d’emplois ont été créés après le passage des 39h aux 35h. C’est aussi le pari du très puissant syndicat de la métallurgie allemand, IG Metall : permettre aux salariés de passer des 35h aux 28h de travail hebdomadaires tout en exigeant une hausse des salaires de 6% – dont la compensation financière équivalente à 200 euros serait prise en charge par le patronat.

Pendant que nos syndicats français peinent à se faire entendre sur les réformes du travail, de la formation professionnelle, de l’assurance chômage – et sans doute bientôt des retraites, sans jamais maîtriser l’objet de la négociation (cf. les salaires, le temps de travail, la sécurisation des parcours professionnels, etc.), en Allemagne, IG Metall hausse le ton.

Après une série de grèves temporaires, dites d’avertissement – qui ont été suivies par près d’un million de travailleurs et travailleuses – et l’échec d’un quatrième tour de négociations, le syndicat de la métallurgie durcit le mouvement et appelle désormais à des grèves de 24h reconductibles : près de 250 entreprises pourraient ainsi se retrouver bloquées.

Un rapport de forces favorable

La grève générale et illimitée – que le syndicat IG Metall menace d’activer, dans un secteur clé de l’économie allemande, dans un pays où la culture du consensus est généralement privilégiée –, serait un événement majeur. Sans doute une épreuve pour la chancelière, déjà largement fragilisée par les dernières tractations politiques en vue de composer une majorité de gouvernement. Le syndicat joue gros aussi.

Sans doute – espère-t-on – a-t-il tiré les leçons de son mouvement qui, en 2003, l’avait plongé dans une crise profonde après une grève illimitée, peu couronnée de succès. Les temps ont changé et le rapport de forces semble lui être favorable aujourd’hui. Les discussions vont être ardues dans les prochains jours mais la période oblige Angela Merkel, pressée d’organiser sa succession, à envoyer des signes aux sociaux-démocrates (le SPD) si elle veut conclure, à temps, un accord de gouvernement. Elle ne peut se permettre de laisser s’enliser un conflit social.

Par ailleurs, le SPD a aussi une santé à se (re)faire sur sa gauche. Peut-être que ce climat très incertain saura garantir un succès aux quelques quatre millions de salariés de la métallurgie. Ce serait une victoire sociale hautement symbolique pour ceux dont les conditions de travail sont sans doute les plus éprouvantes. Et un immense espoir pour les syndicalistes français qui, à l’heure Macron, vont devoir remobiliser les troupes.

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