Poursuivons bravement la chronique de l’élection qui vient • Marine Le Pen déjà à l’Élysée • Zemmour, rentier de la provoc’ • La droite au libéralomètre • Macron se casse la voix • Zinzin en islamie • Hollande ou la gauche relative
Vers Le Pen et au-delà
L’an dernier était paru La Présidente, une bande dessinée imaginant justement l’élection de Marine Le Pen en 2017. Voici la suite : Totalitaire. Si le projet est le même – « il est encore temps d’éviter le pire », résume un autocollant sur la couverture –, le récit s’aventure plus avant dans la politique-fiction, cette fois à la veille des élections de 2022. Alors que la présidence frontiste enfonce la France dans un ordre autoritaire et sécuritaire, un « front républicain » se forme derrière un candidat improbable, Mohamed Labbes, qui fédère autour de lui… Valls, Montebourg, Bertrand, Pécresse ou Le Maire.

C’est dire en quoi ce second volume présente la même faiblesse que le premier, en poursuivant une diabolisation exclusive du FN qui occulte à quel point les partis de gouvernement, PS compris, lui ont emboîté le pas et cautionné ses idées. Les auteurs ironisent pourtant sur le fait que l’exécutif lepéniste n’a eu qu’à étendre les lois liberticides adoptées par le gouvernement socialiste… Mais en précipitant le scénario vers une fuite en avant fasciste du régime, ils entretiennent encore le mythe du barrage à édifier aujourd’hui, sans voir que les digues ont rompu il y a longtemps. Ni considérer la responsabilité des politiques économiques préconisées par tout ceux-là.
La Présidente, tome 2 – Totalitaire, de François Durpaire et Farid Boudjellal, Les Arènes BD / Demopolis, 20 euros.
Géopolitique du siège de campagne
Pour les conseillers en communication, il s’agit souvent d’attirer l’attention sur l’information qui arrange leur client en la détournant de celle qui l’ennuie. Opération réussie pour ceux de Marine Le Pen avec l’annonce du lieu choisi pour son siège de campagne. Au 262 rue du faubourg saint-Honoré, soit… « tout près de l’Élysée », ont retenu les médias.

À 207 numéros et un kilomètre et demi de distance, ce voisinage est pourtant lointain. Il aurait été plus pertinent de souligner que la candidate dont le slogan est « Au nom du peuple » a choisi de rester très loin de ce dernier, portant son choix sur un quartier emblématique des milieux d’affaires et de la grande bourgeoisie.
Dividendes de la provocation
Les néoréactionnaires comme Robert Ménard et Éric Zemmour ont bien compris le fonctionnement du système médiatique dont ils sont eux-mêmes le produit. La principale force de leur rhétorique est non seulement qu’elle échappe à toute rationalité, et donc à toute réfutation, mais aussi qu’elle se nourrit de l’écho que leurs provocations susciteront mécaniquement. Un écho dû pour une part à la complaisance active ou passive des médias qui les répercutent, pour une autre aux indignations que l’on croit devoir leur opposer.
Avec ses unes fangeuses, Valeurs actuelles doit ainsi beaucoup de sa médiatisation – gratuite – à ceux qu’elles ulcèrent et qui les relaient sur les réseaux sociaux. L’éditeur d’Éric Zemmour n’a pour sa part pas craint d’afficher son cynisme en faisant de la réprobation un argument de vente, avec cette publicité parue dans Le Figaro. Et en accueillant l’apologue de la France mythologique, la municipalité biterroise de Robert Ménard a donné dans le même registre. Autant de manières, aussi, de traduire l’impuissance générale face à la radicalisation identitaire.
Libéralomètre
Autant s’adresser aux spécialistes : pour mesurer le degré de libéralisme des candidats à la primaire de la droite, on se référera donc au baromètre mis au point par le think tank Génération libre, qui a évalué les propositions des sept prétendants, thématique par thématique. Surprise : on pensait Nathalie Kosciusko-Morizet libérale plutôt au sens anglo-saxon, mais c’est bien elle qui arrive en tête devant François Fillon – Nicolas Sarkozy apparaissant en avant-dernière position.

NKM n’atteint toutefois que 65% de conformité aux idées de nos ultralibéraux : jamais satisfaits malgré l’adhésion massive des politiques mondiales à leurs préceptes, ils continueront à prétendre que si ces politiques ne marchent pas, c’est parce qu’elles ne vont pas assez loin.
Zinzin et le complot juif
L’attribution du prix Nobel de littérature à Bob Dylan a un peu désarçonné le monde (alors que le jury a bien compris qu’il vaut mieux le lire que l’écouter). Pas Henry de Lesquen, qui est resté à cheval sur ses obsessions antisémites.
C'est parce qu'il était juif que Bob Dylan a eu le prix Nobel de littérature, qu'il ne méritait pas.
— Henry de Lesquen (@hlesquen) October 13, 2016
Zinzin en islamie
Le marché de la logorrhée raciste est porteur, et cela n’a pas échappé au secteur de l’édition. Philippe de Villiers vient ainsi de publier un « livre choc » (selon l’expression du Figaro, qui en a publié les « bonnes feuilles ») sur l’islam, dont on peut saluer l’effort de vocabulaire.
En effet, loin de se contenter du lexique de base de la fachosphère, le Fou-du-Puy a puisé dans son imagination pour claquer des formules comme « sacristains en djellaba », « conquérants du coran » ou « dévots utiles ». Il n’a pas vu la vierge, mais « un petit angelot qui se promène au-dessus des toits dans le vent des cloches », soit l’esprit de la France catholique. Ces cloches sonneront-elles encore demain ?, interroge le titre. On les entend encore très bien aujourd’hui, en tout cas.
Ligne droite éditoriale
À ce propos, félicitations à Albin Michel pour sa très belle année.

Macron pousse la chanson
Technocrate jamais passé par les urnes, Emmanuel Macron fait des efforts pour acquérir le bagage tribunicien qui lui manque. De passage à Montpellier pour y présenter le troisième volet de son « diagnostic sur la France », il a conclut son discours, ses petits poings serrés, en s’égosillant avant d’entonner la Marseillaise. Après une entame un peu enflammée, il est revenu mezzo voce. Ses troupes ne l’ayant pas vraiment suivi à pleins poumons, l’hymne national a pris l’allure d’un cantique de fin de messe. Il y a encore du boulot.
Copé !
Autre homme politique peu armé pour galvaniser les foules, Jean-François Copé semble avoir un rapport pathologique avec les points d’exclamation qui concluent chacun de ses tweets. Les profs qu’il veut supprimer pourraient pourtant lui expliquer que ce n’est pas en criant plus fort qu’on impose « l’autorité » dont il se fait le chantre.
Relativisme politique
L’idée est récurrente chez François Hollande, qui trouve bien ingrates les critiques venues de sa gauche. Il l’a de nouveau formulée dans l’interview accordée à L’Obs. On peut lui donner raison, à condition de comprendre que la politique du moins pire sur lequel lui et le PS fondent leurs dernières espérances électorales n’est qu’une politique de l’à peine moins pire.











Laisser un commentaire