Les passions fatales de l’identité

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L’obsession de l’identité – identité « nationale », identité de « l’autre » – nous précipite dans la logique de la guerre et de l’enfermement, et nous détourne de la quête de l’égalité. Historien et codirecteur de Regards, Roger Martelli publie L’Identité c’est la guerre.

J’ai écrit ce livre parce que l’obsession identitaire me navre et m’inquiète. Nous ne sommes plus « chez nous » ? Allons donc ! Quand l’identité se mêle au « choc des civilisations », à « l’état de guerre » et à « l’état d’exception », nos sociétés s’enlisent dans un climat de peur qui nous ramène, bien malgré nous, à l’expérience traumatique de l’été 1914.

Or je suis convaincu que, si la France et l’Europe souffrent, ce n’est pas d’un déficit d’identité, mais d’une carence criante d’égalité. À l’oublier, nous nous laissons gagner par le désir rassurant de la clôture, de la frontière et du mur. Nous oublions la solidarité et nous nous laissons submerger par le ressentiment. Nous nous défions de « l’autre » et nous érodons notre propre liberté.

Il est temps, plus que temps de réagir. L’identité, hélas, ne nourrit pas la recherche de soi mais la détestation d’autrui, non pas le désir de rencontre mais l’acceptation de la guerre. Si nous ne le voulons pas, l’égalité, la citoyenneté, la solidarité doivent redevenir nos passions. Mais elles méritent des actes, davantage encore que des mots.

À lire
« Faute de sortir de l’obsession identitaire, la gauche risque de perdre son âme », interview pour Les Inrocks.
« La justice, pas « l’état de guerre » »
Finkielkraut, Zemmour, Houellebecq… La politique de la tension
L’obsession identitaire. À propos d’un livre de Laurent Bouvet

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