Plus d’école et mieux d’école

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Le Val-de-Marne en pointe contre la malnutritionS’approprier des connaissances et transmettre des savoirs sont, à l’école, les tâches essentielles respectivement des élèves et des enseignants. Cependant, depuis longtemps, constat est fait qu’apprendre et enseigner ont des particularités en fonction des publics scolaires, des situations des écoles, collèges ou lycées. C’est ce qui, en 1982, a conduit à la création de zones prioritaires dont les bilans aujourd’hui sont ” contrastés ” voire ” décevants “. Faut-il alors poursuivre la discrimination positive, pourquoi, comment ? Poser cette question, c’est poser la question de l’avenir: quelles perspectives, quelles exigences pour la société de demain ? Une société démocratique, tournée vers le progrès, se prépare aujourd’hui aussi à l’école. Oui, les inégalités existent: inégalités de conditions de vie des familles, inégalités face au travail, inégalités dans la connaissance et le rôle du système éducatif, inégalités dans les rapports aux savoirs, inégalités dans les rapports sociaux, inégalités dans l’accès aux cultures, inégalités de projection dans l’avenir… Les gérer revient à les reproduire de générations en générations. Les combattre nécessite une volonté politique de réelle démocratisation.

Peut-on remettre en cause les mesures d’accompagnement ?

En voulant combattre les inégalités, des dérives involontaires ont pu se produire conduisant à s’écarter des apprentissages, l’idée dominante émanant du ministère lui-même étant la socialisation. Ce n’est donc pas parce qu’on a ” donné plus à ceux qui ont moins ” qu’il y a eu dérive, mais c’est parce qu’on n’a peut-être pas donné tous les ” bons ” plus. Réconcilier les élèves avec leur école, faire qu’ils s’y sentent bien, trouver des stratégies qui les mobilisent est apparu comme l’urgence et le retour sur les savoirs, dans ces conditions, a pu passer au second plan. D’une manière inconsciente, ne sont-ce pas les conditions d’apprentissage plutôt que les apprentissages eux-mêmes qui ont fait l’objet de réflexions ? Le chemin n’a-t-il été parcouru qu’à moitié ? Pouvait-il en être autrement dans les conditions actuelles du système éducatif ? N’y aurait-il pas eu de nouvelles régressions cognitives sans ces stratégies ? Un élève peut-il apprendre s’il connaît la malnutrition, s’il ne sait pas à quoi sert l’école, a-t-il spontanément envie d’apprendre s’il est le seul à sortir de chez lui le matin ? Ces situations, concentrées en ZEP, provoquant un échec scolaire plus important qu’ailleurs, ont conduit à rédiger des projets (dont la seule raison d’être est d’améliorer les compétences des élèves), à se battre pour leur financement, à les mettre en oeuvre en dépensant de l’énergie sans compter. Des réflexions et des mesures d’accompagnement ont conforté les stratégies des équipes pédagogiques sur lesquelles on s’interroge aujourd’hui: rythmes scolaires, aménagement du temps de l’enfant, partenariat avec les associations… Et pourtant, la question des rythmes scolaires se pose-t-elle à Auteuil, Neuilly, Passy, les programmes y sont-ils trop lourds ?

Le contenu et la durée de la formation des maîtres

Les enfants des quartiers nord de Marseille, de La Courneuve devraient-ils bénéficier de moins d’école et de plus de on ne sait quoi ? Dans les collèges réputés difficiles, les ministres annoncent qu’il faut plus d’adultes, ce qui se traduit par la suppression (1) de postes d’enseignants. Une meilleure citoyenneté se conçoit-elle avec moins de connaissances ? Ce qui est nécessaire en ZEP, c’est plus d’école et mieux d’école; c’est plus apprendre et mieux apprendre. C’est difficile et, pour ne pas s’installer dans des stratégies d’évitement, il est indispensable de donner des outils aux enseignants, des moyens aux écoles, de créer une cohérence politique entre les politiques de l’Education nationale, de la Ville, de la Jeunesse et des Sports. N’y a-t-il pas urgence à repenser les contenus et la durée de la formation des maîtres, initiale et continue ? A créer des équipes polyvalentes, pluridisciplinaires, à leur donner le temps de se réunir, à créer les conditions de la liaison avec la recherche ? A travailler dans les secteurs difficiles avec plus de maîtres que de classes ? A développer dans de bonnes conditions l’accueil à deux ans en maternelle ? A doter les établissements scolaires en ZEP des équipements dont ils ont besoin ? Mettre en oeuvre ces quelques données aujourd’hui en ZEP, c’est aider à la création de réseaux de terrains innovants, centrés sur les apprentissages, points d’appui pour faire progresser demain tout le système éducatif, c’est poser la question de la transformation sociale. Le grand chantier Education nationale est à ouvrir. S’y atteler à partir des ZEP, c’est s’attaquer aux difficultés situées au coeur même du système éducatif et non à sa périphérie, c’est faire preuve de réelles ambitions pour la formation de tous.n D. B.

* Directrice d’école en Seine-Saint-Denis.

1. Treize postes supprimés dans les collèges de Seine-Saint-Denis pour la rentrée 1998/99.

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