Hillary Clinton a lancé la bataille pour succéder à Barack Obama. L’ex-première dame dispose d’atouts… qui pourraient bien lui jouer des tours. Alors que les électeurs recherchent du sang neuf, elle va devoir gérer les contradictions de son image.
C’est avec un clip de campagne plutôt original qu’Hillary Clinton a lancé sa campagne à l’investiture démocrate, en vue de l’élection présidentielle qui aura lieu le 4 novembre 2016. Dans cette vidéo, on voit des « Américains moyens », assez jeunes, des couples, des Noirs, des Blancs, des Asiatiques. On voit surtout clairement que la candidate a souhaité se mettre en retrait pour laisser la parole aux classes moyennes, dans toute leur diversité. Il faut attendre presque la fin du clip pour la voir apparaître pour lancer : « Les Américains se sont battus pour sortir d’une période économique difficile. Mais ceux qui sont au sommet continuent à bénéficier d’avantages. Les Américains ont besoin d’une championne, et je veux être cette championne. »
Changement de style, tant dans l’attitude que dans l’apparence. Clinton tente de faire oublier son échec de 2008, lorsque elle s’est fait damer le pion par Obama et qu’elle représentait plus « ceux du sommet » que ceux d’en bas. Voilà pourquoi elle a intitulé son clip « Démarrage » : elle procède à un nouveau départ, avec un discours plus proche du peuple qui prélude à une campagne faite de meetings plus intimistes.
Femme, mais pas trop
Changement de stratégie politique aussi. Même si l’on ignore tout de son programme, Clinton semble désormais construire sa campagne autour d’un thème : la famille. Outre le fait que le « clan Clinton » soit son meilleur atout, de son mari désormais fidèle à ses petits-enfants, c’est parce qu’elle est une femme que sa stratégie s’ajuste ainsi. Son principal handicap, vu le boulevard démocrate et la division républicaine, ce sera elle-même. Chacune de ses fausses notes, aussi insignifiante soit-elle sera jetée en pâture.
Hillary Clinton a l’occasion d’effacer ce qui détermine sa notoriété internationale, indépendamment de ses compétences politiques : un mari volage. Elle symbolise la femme trompée, humiliée publiquement mais qui reste, qui assume et qui soutient son président de mari. Adultère ou divorce, le choix entre les deux tabous américains est toujours délicat. Mais Clinton y a survécu et s’est lancée en politique, seule, de son côté. Quoi de tel que l’expérience pour se construire une légitimité ? Du coup, de première dame, Clinton devint sénatrice entre 2001 et 2009, puis secrétaire d’État jusqu’en 2013. Une brillante carrière au cours de laquelle n’a peut-être pas fait avancer grand chose sur le plan diplomatique, mais aura pa r exemple eu le courage de répondre aux propos sexistes de Vladimir Poutine.
De « femme de », Hillary Clinton devient la « femme contre ». Peut-être le plus grand obstacle pour une femme en politique. Contre Obama, elle échoue, non seulement à cause de l’engouement qu’a suscité l’Obamania, mais surtout à cause de la posture qu’elle (et son équipe de communicants) avait choisi de prendre : celle de la force et de l’autorité, la carte du « macho-man » en quelque sorte.
Incarner la nouveauté
Désormais, féminité et maternité mises en avant, Hillary Clinton va devoir subir les critiques les plus communes que l’on puisse adresser à une femme politique : trop froide, pas assez virile ou musclée pour tenir son rang de chef de guerre, trop émotive pour le poste, etc. L’équilibre sera difficile à trouver entre autorité et empathie, mais, au pays des clichés et des paradoxes, il lui faudra les incarner ensemble, même contre ses convictions.
Être une femme politique, c’est déjà un combat, mais être une femme politique de soixante-sept ans, pour incarner le changement et la nouveauté, la bataille sera des plus rudes. Elle a beau s’entourer des meilleurs conseillers d’Obama (même la coach danse de Michelle) et bénéficier des millions de dollars des Démocrates pour financer sa campagne, on pourra toujours se demander ce qu’elle peut amener de neuf.
Que ne sait-on pas d’Hillary Clinton ? Que malgré son passé de militante contre la guerre au Vietnam, elle est capable d’opérer un tournant libéral ? La bonne surprise… Et ce sentiment de déjà-vu est partagé jusqu’au président lui-même. Si Barack Obama admet sans forcer que Clinton « ferait une excellente présidente », il a tout de même affirmé que les Américains ont « envie de l’odeur d’une voiture neuve ». On appréciera la connotation genrée de cette métaphore automobile. Mais, après tout, une femme à la maison blanche, n’est-ce pas un parfum de nouveauté suffisant ?
La plus grande chance d’Hillary Clinton réside peut-être dans notre incapacité d’anticiper le vote des Américains : ils ont bien élu un président afro-américain quand cela semblait encore relever de la science fiction…
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