Tout n’est pas bon dans le mouton

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Je suis un mouton. Télérama, Le Parisien ou Les Inrocks m’ont enjoint d’aller dare-dare voir Shaun le mouton, le nouveau long métrage d’animation des studios Aardman, connus pour les aventures de Wallace et Gromit. Partie au taquet, je suis rentrée atterrée.

Les panneaux sur les bus avaient produit tous leurs effets sur mes enfants, hurlant de joie à la perspective de voir au cinéma l’adaptation de la série télévisée. De cette sortie, je suis revenue avec une question : les critiques de cinéma ont-ils tous été endormis comme le fermier du film ?

D’accord, il n’y a aucun doute sur un fait : ce cinéma muet est sublime sur la forme et joliment burlesque pour brosser les situations. Saluons le talent esthétique. Mais peut-on en oublier le propos de fond que sert ce formidable décor ? En réalité, Shaun le mouton, c’est un peu la version modernisée de La Chèvre de monsieur Seguin. Du propos réac en barre. C’est l’histoire d’un mouton, Shaun, qui vit avec son troupeau dans la ferme d’un paysan et qui a envie de changer d’air. Comme la chèvre d’Alphonse Daudet, dans un élan de curiosité et de liberté, le mouton d’Aardman veut sortir de son pré-carré. Il enferme alors son maître dans une caravane qui dévale le chemin et s’échoue brutalement. Le berger perd tout contrôle de la situation et se retrouve loin de son exploitation, dans le tourbillon d’une grande ville.

Shaun et son troupeau entreprennent d’aller chercher le fermier. Et les voilà aux prises avec le terrifiant Trumper, chargé d’attraper les moutons égarés. Mais rien ne les arrête : ils vont ramener leur maître à la ferme et retrouver leur vie paisible. Happy end : tout le monde est revenu à sa place, les moutons sont bien gardés, loin de cette folie urbaine.

Si la fin est plus gaie puisque Shaun et ses amis sont sains et saufs alors que la chèvre de monsieur Seguin a péri, la ressemblance avec l’une des histoires les plus conservatrices racontées aux enfants depuis des générations est là : attention, quand on cherche à sortir du cadre, à prendre des libertés, le danger guette. Shaun le mouton a en prime le parfum en vogue du « c’était mieux avant », avec une opposition ville / campagne pour le moins caricaturale. Bref. Une morale poussiéreuse masquée par une performance esthétique.

Et les critiques nous parlent de « folle épopée », d’une « histoire captivante » ou de « comédie décalée » ? « Tout est bon dans le mouton ! », nous dit même Télérama. Qu’il me soit permis de les envoyer tous paître… Ou voir Maya l’abeille, dans sa version actuellement au cinéma. Le parfum est plutôt celui des années 1968. Si le film est assez ringard sur la forme, la morale – celle que je préfère – est sauve. Maya, qui a interdiction de sortir de la ruche, veut aller voir ce qui se passe dans le pré. Elle ose et aura raison de son audace : c’est elle qui va sauver les abeilles de la méchante reine.

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