Le FN, l’UMP et le PS vont-ils changer de nom, comme le proposent plusieurs de leurs tout premiers dirigeants ? Que cela advienne ou non, l’épisode en dit long, et sur la crise politique et sur les stratégies qui s’esquissent, à droite comme à gauche.
Pourquoi changer ? Du côté de Marine Le Pen, on veut pousser la mue « bleu Marine », rompre avec l’image extrémiste du vieux fondateur et faire de la mouvance frontiste le fer de lance d’une droite conquérante et radicalisée. Du côté de Nicolas Sarkozy, on veut résoudre la quadrature du cercle : incarner la novation avec un homme qui, hier au pouvoir, a conduit en cinq ans la droite gouvernementale du triomphe à l’échec.
Pour sa part, Manuel Valls pense qu’il faut aller au bout d’une logique : s’il n’y a pas d’autre politique possible à gauche que celle de la gestion sociale-libérale, il faut construire le parti de cette politique ; or le PS ne parvient pas à passer définitivement le gué.
Le seul horizon de la présidentielle
Les uns et les autres ont bien sûr en ligne de mire la mère de toutes les batailles électorales : l’élection présidentielle. Les uns et les autres anticipent ce qui paraît désormais inéluctable : l’échec du quinquennat de François Hollande.
Mais derrière les desseins immédiats, se profilent des stratégies de plus long souffle. Marine Le Pen rêve d’un césarisme prolongeant la dimension monarchique de la Ve République, en rassemblant les élites sociales et les catégories populaires déstabilisées autour d’un projet centré sur le repli national et l’ordre sécuritaire. Nicolas Sarkozy veut regrouper la culture de droite traditionnelle – qu’il sait radicalisée mais encore circonspecte devant le Front national –, grignoter le centre et récupérer une partie d’un électorat d’extrême droite que l’inflexion voulue par sa figure de proue n’a pas encore stabilisé.
Quant à Manuel Valls, il intériorise la mise à l’écart des catégories populaires (l’abstention n’est-elle pas le « premier parti ouvrier » ?), la fragilité et la dispersion de la gauche de gauche et la possibilité d’englober le centre dans une coalition plus ou moins « classes moyennes », autour d’une formule de type démocrate à l’américaine.
Le parti, pivot de communication pour gouvernants
L’arrière-plan de ces manœuvres n’est rien d’autre que la crise politique, si ce n’est la crise de « la » politique dans sa forme institutionnelle. Le recul général de la sphère publique et l’acceptation de la « mondialisation » ont brouillé les repères à gauche et à droite. Les partis politiques, de moins en moins différents les uns des autres, assumant le pouvoir sur des cycles courts (installation de l’alternance), paraissent également impuissants face aux turbulences économico-sociales. Souvent empêtrés dans des « affaires » mêlant inextricablement l’exercice du pouvoir et l’intérêt personnel, ils sont soumis à un discrédit massif (huit à neuf sondés sur dix affirment leur défiance).
L’abstention devenue structurelle fragilise les coalitions en place. Quand la moitié du corps électoral se détourne des urnes, un déplacement modeste des voix fait et défait les majorités, entre la droite et la gauche, mais aussi à l’intérieur de chaque camp. La conquête de l’hégémonie électorale se fait à moindre prix… Le parti de cadres « attrape-tout » devient l’horizon de la politique organisée. On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre : si les vieilles images ne fonctionnent plus, il faut en construire d’autres, valables pour un temps incertain, plus court en tout cas qu’il ne l’était au temps d’une démocratie encore expansive.
Le parti politique n’est plus un agent de politisation populaire : il est un pivot de communication pour les gouvernants présents ou à venir. Ce faisant, il est un instrument parmi d’autres de la « gouvernance » technocratique. Le « court-termisme » est ainsi passé de l’économie à la politique : l’horizon de l’action n’est plus l’histoire, mais la prochaine élection tenue pour stratégique.
Vers une recomposition sérieuse
Les projets de recomposition iront-ils jusqu’à leur terme ? Difficile de le dire, tant les opinions s’avèrent incertaines et les militants politiques désarçonnés. Nul doute pourtant que les péripéties actuelles annoncent une recomposition sérieuse de l’échiquier politique. Ses contours se détermineront autour de quelques enjeux fondamentaux. Peut-on penser une autre logique gouvernementale que celle de la réduction de la dépense publique et des « coûts » présumés du travail ? Le clivage de la droite et de la gauche autour de la question de l’égalité garde-t-il tout son sens ? Les catégories populaires, vouées au ressentiment, n’auront-elles pas d’autres choix que l’abstention ou le vote pour une droite extrême ? Le mariage de la concurrence et de la gouvernance est-il l’horizon de toute société ?
Sur toutes ces questions, la gauche de gauche a forgé des réponses globalement convergentes au cours des dernières années. Mais elle n’a pas encore trouvé la dynamique politique qui leur offrira un débouché, du bas jusqu’en haut de la sphère sociale. L’ampleur des changements qui se dessinent devrait ainsi la mettre en garde : si les dynamiques politiques convergentes ne voient pas le jour de son côté, son avenir pourrait se chercher du côté de l’Italie. Au-delà des Alpes, pour l’instant en tout cas, la gauche de gauche est au tapis. En France, les moyens existent pour que la catastrophe soit conjurée. Mais le temps presse…
Illustration réalisée avec le générateur de noms de partis de Slate.


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