La gauche du PS en ébullition à La Rochelle

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L’université d’été du Parti socialiste a permis à la gauche du parti de compter ses forces, malgré ses divisions. Les « frondeurs » eurent quelque succès avec la visite de Christiane Taubira, et Pierre Laurent reçut des militants un accueil chaleureux…

Samedi matin, les « frondeurs »» du PS, rassemblés dans la salle de l’université de la Rochelle autour du mot d’ordre « Vive la gauche ! » purent savourer leur succès : salle bondée, nuée de journalistes, et visite éclair de la Garde des sceaux, Christiane Taubira. « Nous sommes le Parti socialiste ! », proclama Jérôme Guedj, président du Conseil général de l’Essonne, et membre de Maintenant la gauche (comme la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, ou Emmanuel Maurel). De son côté, Henri Emmanuelli, membre de Un monde d’avance (le courant de Benoît Hamon), affirma : « Ce n’est pas nous qui essayons d’imposer une ligne politique minoritaire. »

Un espace de débat pour les déçus du hollandisme

En réalité, malgré ce succès politique et médiatique en plein cœur de l’université d’été du PS, les « frondeurs », surnommés ainsi par la grande presse, rassemblent de nombreuses personnalités et tendances particulièrement hétéroclites. Un monde sépare ainsi l’ancien trotskiste Gérard Filoche, connu pour son combat social comme ancien inspecteur du travail, et le député Laurent Baumel, ex-chevènementiste, et un temps plume de Dominique Strauss-Kahn. Ce qui prouve au moins une chose : la fronde du PS réussit aujourd’hui à élargir largement au-delà des rangs traditionnels de la « gauche du PS ». Et les déçus du « hollandisme » y perçoivent un espace de débat.

Si Benoît Hamon et Arnaud Montebourg n’étaient pas présents à la réunion des frondeurs, c’est que ces derniers, craignant d’être phagocytés médiatiquement, leur ont signifié au préalable que leur présence n’était pas souhaitée. Les deux « ex » se retrouvent pourtant dans des situations contrastées. Si Benoît Hamon, lors de la réunion de sa tendance Un monde d’avance, a retrouvé en douceur un courant structuré et bénéficiant de nombreux militants, Arnaud Montebourg semble pour le moins isolé en dehors de ses affidés les plus fidèles

En attendant, le mouvement des « frondeurs » suscite les convoitises. Un monde d’avance, avec notamment les députés Pouria Amirshahi et Pascal Cherki, ambitionne de devenir les premiers opposants au gouvernement au sein du parti, alors que le courant de Benoît Hamon avait décidé au début du quinquennat de jouer la loyauté à l’égard de l’exécutif (du moins jusqu’à l’été 2013). De son côté, Maintenant la gauche, qui rassemble plutôt ceux des élus de la gauche du parti qui avaient décidé – dès le congrès de Toulouse en 2012 – de « défier » le gouvernement, semble jouer une partition plus complexe, notamment avec Marie-Noëlle Lienemann qui multiplie les contacts avec le PCF et EELV, sous l’œil bienveillant de Jean-Christophe Cambadélis. Justement, le fait le plus notable de cette université d’été est la mise en mouvement des aubrystes. En sus des députés proches de Martine Aubry, Jean-Marc Germain et Christian Paul, le puissant Gilles Pargneaux, premier fédéral du Nord, assista à la réunion des « frondeurs ».

Laurent : « Le nouveau gouvernement de Valls est une voie sans issue »

L’exaspération des militants étaient en tout cas pour le moins palpable lors du discours de Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, invité avec d’autres responsables de partis (EELV, PRG, MRC, Front Démocrate) à débattre de « l’unité à gauche ». En effet, son discours reçut un accueil particulièrement chaleureux, les militants l’applaudissant presque à tout rompre, devant un Jean-Christophe Cambadélis impassible. « Cette semaine, je me suis posé la question à plusieurs reprises, confia Pierre Laurent. Est-ce que j’y vais ? Et puis finalement, oui. Parce que l’heure est grave. Nous ne pouvons pas laisser le terrain à l’amertume, au désespoir (…). C’est le moment de nous parler droit dans les yeux. »

Semblant mettre de côté, au cours de son discours, la dynamique du Front de gauche – du moins comme Jean-Luc Mélenchon l’entendait ces dernières années en appelant à une « autre gauche » –, Pierre Laurent tenait toutefois à prévenir ses « amis socialistes » : « Le nouveau gouvernement de Valls est une voie sans issue, nous conduira dans le mur, et ne permettra pas le rassemblement de la gauche. » Ajoutant toutefois : « Je suis venu vous dire ici qu’un sursaut des forces vives de la gauche est possible (…) nous voulons le débat. »

Clôturant la table ronde, Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du PS, fit alors référence à la menace du Front national : « J’ai une peur, je vous le dis, que des débats mal maîtrisés conduisent demain à une gauche marginalisée, et que celle-ci se retrouve dans la situation de devoir choisir une consigne électorale élection après élection pour faire face au FN. Quand on sait que le FN, dans la bouche de Marine le Pen, explique que l’immigration est un problème sanitaire, c’est le langage des années 1930, et cela nécessite de s’unir et de se maîtriser. » Au moins, les applaudissements nourris des militants de la gauche du PS lors du discours de Pierre Laurent auront-ils permis à « Camba » de critiquer en creux la stratégie de Mélenchon depuis le début du quinquennat. Pour Marie-Noëlle Lienemann, mission accomplie !

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