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Tendances, A droite toute Selon une récente enquête, le fait de militer dans un parti arrive en fin de liste des actions définissant un bon citoyen ! Cela donne aux partis la mesure du chemin à parcourir avant de répondre aux exigences actuelles des citoyens. Le chemin entre l’ancien et le nouveau.
Chacun ressent à sa façon la fin d’une certaine façon de faire de la politique, dans la société en général et au PCF en particulier. En même temps, de nouvelles possibilités d’engagement des citoyens se font jour et ne trouvent pas de débouché dans les partis tels qu’ils sont aujourd’hui. C’est ce double phénomène qui est appelé crise de la politique. Cette dernière n’est pas une donnée provisoire mais une réalité profonde qui touche toutes les dimensions de la politique: contenu, pratiques, institution, rapport à la société et aux citoyens. Une crise porteuse de refus de plus en plus déterminés et d’exigences de plus en plus pressantes. Un citoyen, une citoyenne ne veut plus subir ce qu’on lui impose même s’il n’a pas une vue très claire de ce qu’il faudrait faire ou de ce que l’on pourrait faire. Et faire procéder les décisions du débat citoyen impliquerait bien sûr de nouvelles institutions et méthodes pour l’action politique. Comme le soulignait Robert Hue devant le Conseil national du PCF réuni en novembre (1): il y a ” un devoir d’imagination ” en la matière.
Des partis politiques qui répondent à l’attente des citoyens
Contrairement à ce qu’on aurait pu croire, cette crise ne s’estompe pas avec le changement de gouvernement; les attentes sont plus fortes que jamais. Si, en 1990, 74% des Français pensaient que la politique est en crise, en octobre 1997, ils sont 84% à le dire; 88% chez les femmes, 89% chez les 18/24 ans, 91% chez les 25/34 ans, 87% chez les employés et 90% chez les ouvriers. Et ce n’est certainement pas un hasard si ces catégories se retrouvent le moins dans la politique telle qu’elle est aujourd’hui. Cette crise est vécue comme durable par 68% des Français en octobre 1997 contre 49% en février 1990. Elle préoccupait beaucoup 17% des Français en 1990, et elle en préoccupe beaucoup 34% à présent: 72% en ce qui concerne les électeurs communistes des dernières présidentielles !
Quels sont les enjeux de cette crise de la politique ? L’existence de la démocratie est le plus vital et le plus évident: ainsi 54% des électeurs de Le Pen veulent la suppression des partis politiques. Majoritairement, les Français attendent autre chose: 56% en 1990 et 61% en 1997 (68% chez les électeurs de Robert Hue) ne veulent pas supprimer les partis politiques. Mais souhaitent qu’ils répondent à leurs attentes. Sentiment spécialement fort vis à vis du Parti communiste dont 92% des Français (et 93% des proches du PC) jugent déjà qu’il a changé en bien. Mais aussi qu’il n’a pas changé suffisamment, l’image d’archaïsme continuant à prédominer largement à son égard.
Un changement construit par chacun à son propre rythme
Sa ” mutation ” consiste à rejeter la notion de parti-guide car plus qu’un guide – on se souvient du ” malheur au peuple qui a besoin de héros ! ” du Galilée de Brecht – ce dont ont besoin les citoyens, c’est d’un Parti prenant des initiatives et formulant des propositions pour qu’ils puissent eux-mêmes construire le changement, à leur rythme. En rupture avec ce qui fut longtemps dominant dans la culture communiste. Et, en corollaire, la volonté d’ouverture totale à la société: un parti qui, par ses conceptions et ses comportements, n’est plus ni ” au-dessus ” ni ” à côté ” mais ” dedans “. Bref, il s’agit concrètement de briser le moule léniniste. Ce que l’historien Marc Ferro notait à sa façon dans l’Humanité (2): ” le PCF n’a-t-il pas un peu conservé cette idée qu’il incarne un savoir supérieur ? S’il rompt avec, il se modernise pour de bon.”
Autre élément déterminant, la volonté de mobiliser les capacités d’initiative de tous les individus communistes, de tous ceux, membres ou non du PCF, qui se retrouvent dans cette visée de transformation profonde de la société. Cela correspond à une tendance de fond de l’évolution sociale, l’individuation qu’on ne saurait confondre avec l’individualisme: ” l’ère des individus n’est pas pour autant nécessairement celle de la fin du politique ” (3) mais c’est l’individu lui-même qui fait sens, qui constitue la cohérence de ses divers engagements. Cette individuation appelle un nouveau type de militantisme que, faute de mieux, le sociologue Jacques Ion appelle ” l’engagement distancié ” qui suppose ” des individus déliés de leurs appartenances, valorisant des ressources personnelles, se mobilisant ponctuellement sur des objectifs limités pour une durée déterminée, privilégiant l’action directe et l’efficacité immédiate même restreinte “. Très concrètement, le sociologue remarque que ” hier l’adhésion valait acte militant, aujourd’hui l’adhésion peut être de pure forme tandis que la mobilisation peut se passer de l’adhésion ” Peut-être s’agit-il d’une piste pour une forme renouvelée, davantage moyen de participer, de s’exprimer, bref de se servir du Parti communiste plutôt que le servir, être copropriétaire du Parti communiste plutôt que lui appartenir. Parti à la carte plutôt que carte du Parti ? En tout cas, la non-adhésion ne vaut pas à coup sûr désintéressement, de la même façon que l’abstention ne peut être interprétée comme un indice de dépolitisation: les électeurs ne participent pas moins à la politique, ils participent autrement, recourant plus volontiers qu’hier à la grève, à la manifestation et aux actions protestataires, notent les auteurs d’un ouvrage collectif consacré à l’analyse du scrutin présidentiel de 1995, ” l’électeur a ses raisons ” (4). C’est à ce niveau que doit répondre la dite mutation communiste, il ne s’agit pas seulement de panser les plaies du passé ou du énième tournant stratégique. Jacques Ion note le dépassement d’une définition des rapports entre individu et société qu’il convient de penser autrement que comme une relation d’inclusion entre deux éléments donnés. Dans cette conception, l’organisation ne préexiste pas à l’individu qui la construit.” Le social se construit à partir de personnes en quête constante de leur propre définition dans les relations mêmes qu’elles nouent avec d’autres dans des espaces de moins en moins circonscrits “. Comme en écho, le PCF a adopté un type de démarche nouveau où la diversité est reconnue, où l’apport de chacun est valorisé, où le projet n’est pas achevé mais compris dans une dynamique de transformation sociale avec les citoyens. Cela touche à la fois à sa propre organisation mais aussi à son rapport aux citoyens. Cela veut se matérialiser, pour une part, dans ” l’espace citoyen “, un lieu à inventer dans le paysage politique français, appartenant à ses participants. Un lieu où l’idéal communiste peut prendre vie au grand air de la démocratie. Un pari ambitieux sur l’avenir, un défi à relever pour les communistes.n J.-C. O.
1. L’Humanité du 14 novembre 1997.
2. L’Humanité du 7 novembre 1997.
3. La Fin des militants ? de Jacques Ion aux éditions de l’Atelier, 125 p., 75F.
4. L’Electeur a ses raisons, sous la direction de Daniel Boy et Nonna Mayer, Presses de Sciences Po, 405 p., 98 F.
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