Une association patronale invite les parlementaires à découvrir la « réalité » de vie des chefs de grandes entreprises, afin qu’ils partagent (encore) mieux leurs préoccupations. En bonus : nos 10 propositions de stages et formations « réalistes » pour députés.
Seuls 10 % des députés auraient une expérience en entreprise. C’est ce constat alarmant qui a décidé l’association Entreprise et Progrès à prendre les choses en main. Dans l’espoir de réduire ce gouffre inacceptable qui sépare le monde parlementaire du monde de l’entreprise, l’association fondée en 1970 par le président de L’Oréal François Dalle a lancé début mai l’initiative « Moi parlementaire, une semaine dans les pas d’un PDG ».
« Situation apprenante de l’entreprise »
Concrètement, les 120 entreprises membres proposent aux députés de passer une semaine en immersion à leurs côtés à partir de cet été. Une opportunité unique d’être placé dans une « situation apprenante de l’entreprise, explique à L’Express Max de Chanterac, attaché à la direction générale de L’Oréal. Ils auront l’occasion d’assister à des réunions d’importance, intéressantes pour eux. Ils découvriront la façon dont nous travaillons au sein de l’équipe dirigeante. »
Il est vrai que les députés ont un gros train de retard par rapport aux ministres et hauts fonctionnaires qui passent du public au privé, et inversement, en toute fluidité depuis une trentaine d’années, les anciens du Trésor étant de loin les meilleurs élèves en matière d’ « expérience en entreprise ». Le remaniement gouvernemental d’avril devrait d’ailleurs s’accompagner de son lot de transferts, le dernier en date concernant Nicolas Namias. Le conseiller de l’ex Premier ministre Jean-Marc Ayrault pour le financement de l’économie va en effet prendre la direction de la stratégie de Natixis, la banque d’investissement de BPCE, pour qui il avait déjà travaillé de juillet 2008 à avril 2012. Les députés devraient en prendre de la graine…
Le « code de la personne au travail » plutôt que le Code du travail
« Dans un contexte de crise où la croissance et l’emploi sont des impératifs absolus, il est essentiel que les députés et les chefs d’entreprises se connaissent mieux pour travailler ensemble », indique Denis Terrien, le président d’Entreprise et Progrès. « Travailler ensemble » est un projet louable, mais pour quoi faire au juste ? Dans un entretien accordé au site Commerce international, Benedicte de Beaufort, déléguée générale de l’association patronale, fournit quelques éléments de réponse fort instructifs : « Nous savons que les lois sont inadaptées au monde du travail, comme certaines rigidités ou l’interdiction de travailler le dimanche qui fait perdre à certaines entreprises 25%. (…) Il est important d’agir et de remédier à ce problème… Le tête à tête est la meilleure des solutions. » Le site de l’association ne s’en cache pas. Son objectif est bel et bien d’en finir avec le Code du travail, qui « n’est plus en adéquation ni avec les aspirations et l’employabilité des salariés, ni avec les besoins d’agilité des entreprises », pour le remplacer par un bien plus pragmatique « Code de la personne au travail ».
Une dizaine de députés de tous horizons politiques ont d’ores et déjà répondu favorablement à l’appel à candidatures, parmi lesquels Patrice Carvalho (PCF), Virginie Duby-Muller (UMP), Francis Vercamer (UDI), François De Rugy (EELV) ou encore Laurent Grandguillaume (PS), d’après qui il est « intéressant d’avoir cette vision du fonctionnement de l’entreprise, notamment quand on aborde des textes, comme la lutte contre le chômage pour avoir les positions les plus réalistes possibles. »
Étrangement, les députés n’envisagent pas d’effectuer des stages tout aussi « réalistes » lorsqu’ils légifèrent sur la relavorisation du salaire minimum ou sur les subventions publiques aux entreprises. Pour y remédier, voici quelques suggestions susceptibles de rapprocher les élus de la vraie vie.


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