Les 80 députés socialistes frondeurs de la semaine passée ne manqueront pas de voter la confiance au gouvernement. À quelques éventuelles exceptions. Ils veulent croire en des « annonces de gauche » dans le discours de Manuel Valls.
« Nous ne nous mettrons pas en dehors de la majorité présidentielle. » Les députés frondeurs du Parti socialiste voteront donc la confiance au gouvernement, à l’occasion du discours de politique générale prononcé mardi par le nouveau Premier ministre. Manuel Valls a poussé le souci du détail jusqu’à recevoir une délégation des députés proches de Martine Aubry, de Marie-Noëlle Lienneman ou de Benoît Hamon qui ont grogné la semaine passée. L’explication de texte a porté ses fruits, côté gouvernement, puisqu’il ne devrait y avoir aucun vote de défiance ce mardi à l’Assemblée.
Une réorientation attendue de la stratégie européenne
« Déjà, il y a eu un dialogue », commente Pouria Amirshahi, qui était de la rencontre dimanche. L’absence de concertation du parlement par l’exécutif fait partie des griefs exprimés par les gauches du Parti socialiste. « On a l’impression que, jusqu’à présent, seule une partie de la société est entendue, comme on le voit avec l’ANI ou le pacte de responsabilité », précise le député des Français de l’étranger – parmi les plus acerbes dans ses critiques. Ses propos rejoignent ceux tenus par le député de la Seine-Saint-Denis, Razzy Hammadi, qui ose ce cruel « dans toute la Ve République, on n’a jamais vu un exécutif aussi éloigné du parlement ».
Dimanche, Manuel Valls a donc écouté les députés parler de la « nécessité » de réorienter la politique économique et budgétaire, notamment la stratégie européenne. Les aura-t-il entendus ? Pouria Amirshahi se montre prudent : « On verra bien. Mais si vous voulez tout savoir, je n’écarte pas la possibilité d’une abstention ». Du côté de Jérôme Guedj, député et président du Conseil général de l’Essonne, on ne se montre guère prolixe. Le héraut de Maintenant la gauche (le courant de Marie-Noëlle Lienneman et Emmanuel Maurel) à l’Assemblée se fait discret. Dans son entourage, on évoque le discours de Valls, demain, en cours de rédaction.
Le Pacte de responsabilité au parlement ?
Le texte ferait la navette entre Matignon et l’Élysée. Et les proches de Jérôme Guedj n’écartent pas « une à deux annonces sociales fracassantes ». Henri Emmanuelli, l’homme fort d’Un monde d’avance, l’autre courant de gauche au PS, à l’Assemblée, a prévenu sur son blog : « Le retour du Pacte de responsabilité entre les mains des parlementaires est le prix de la confiance », écrit-il en substance. Ce Pacte, assorti de nouvelles exonérations de cotisations sociales part employeur, sans aucun engagement concret de la part du Medef, est érigé en symbole de la « réorientation » tant attendue par les frondeurs.
Ils se réuniront demain, mardi à 10h, à l’Assemblée nationale pour définir d’une position commune. Sans surprise, elle sera celle de la confiance. Il y aura, peut-être, quelques abstentions du côté des plus remontés. Mais le départ des ministres Europe Écologie-Les Verts du gouvernement laisse peu de marge aux contestataires, quand les députés Front de gauche ont d’ores et déjà annoncé qu’ils voteront contre la confiance. Il faut aussi dire que le nom de Jérôme Guedj comme potentiel secrétaire d’État court la presse. Après Benoît Hamon à l’Éducation nationale, Manuel Valls n’oublie pas le vieil adage : « Garder ses amis près de soi, garder ses adversaires encore plus près ».
À moins que les grands élus socialistes, échaudés par la vague bleue des municipales, craignant pour leur réélection l’an prochain, ne cherchent aussi, même à gauche, un point d’atterrissage au gouvernement.
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