Le pacte de responsabilité, « un effondrement intellectuel »

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Non seulement le pacte de responsabilité constitue une grave capitulation politique de la part du président de la République, mais il va aussi s’avérer inefficace sur le plan économique. Et ce sont ceux qui prônent une « politique de l’offre » qui le disent…

Il fallait s’y attendre. François Hollande n’a exaucé aucun de mes vœux concernant son « pacte de responsabilité ». Il a choisi de réaliser ceux du MEDEF, notamment cette vieille revendication de son prédécesseur le CNPF, de supprimer les cotisations patronales pour la branche famille de la sécurité sociale, et de compenser ce coût en coupant dans les dépenses publiques.

« Scandale en France » a commenté l’économiste Paul Krugman dans le New York Times, précisant qu’il visait bien la politique économique annoncée par le président lors de sa conférence de presse et non sa pratique du scooter. « C’est un signe de l’impuissance du centre-gauche européen, a-t-il ajouté. Depuis quatre ans, l’Europe a été en proie à la fièvre de l’austérité, avec des résultats pour la plupart désastreux… On était en droit d’attendre que les hommes politiques de centre gauche réclament vigoureusement un changement de cap. Pourtant, partout en Europe, le centre-gauche a, au mieux (par exemple, en Grande-Bretagne), formulé de faibles critiques, et s’est contenté le plus souvent de se soumettre en grinçant des dents. Quand M. Hollande est devenu le leader de la deuxième économie de la zone euro, certains d’entre nous espéraient qu’il pourrait prendre position. Au lieu de cela, il est tombé dans le mouvement de recul habituel – un mouvement de recul qui s’est transformé en effondrement intellectuel. Et la deuxième dépression de l’Europe continue ».

Captation des gains par les entreprises

Car le plus grave dans cette affaire, c’est que cette politique ne peut réussir. L’économiste Patrick Artus, pourtant convaincu que les problèmes économiques de la France sont une affaire d’offre et non de demande, le reconnaît lui-même. Il s’y reprend même à deux fois pour l’analyser (c’est ici et ) « Le Pacte de responsabilité », explique-t-il, répond à une volonté « d’accélération et d’approfondissement des réformes menées jusqu’à présent pour « soutenir l’offre » via la restauration des marges opérationnelles des entreprises françaises ». Pour lui, pas de problème, c’est la bonne direction. Sauf qu’il doit admettre deux gros hics.

D’abord, « dans le contexte actuel de surcapacités productives toujours substantielles et de faible demande anticipée, il nous semble qu’il est en effet toujours un peu tôt pour envisager l’ouverture d’un nouveau cycle d’investissement – a fortiori d’emploi… Le scénario de court/moyen terme le plus plausible à nos yeux reste, malgré les contreparties évoquées, celui de la captation quasi-intégrale des gains par les entreprises via le redressement de leur profitabilité et son affectation, pour l’essentiel, au désendettement et à la reconstitution des trésoreries  ». Sans oublier, bien sûr l’augmentation des dividendes pour les actionnaires. L’économiste, qui sait que les prévisions sont difficiles, surtout lorsqu’elles concernent l’avenir, manie volontiers la litote. « Scénario le plus plausible » veut dire quasi-certitude.

Une politique totalement inadaptée

Deuxième problème : « La baisse des marges bénéficiaires n’est pas un phénomène global. Elle n’existe que dans cinq branches d’activités sur treize ». Elle n’apparaît pas dans la construction et dans les services hors télécom, c’est-à-dire notamment pas dans la finance. Dans les télécommunications, on sait qu’il s’agit d’un effet de la dérèglementation (quatrième opérateur), c’est-à-dire d’un renforcement de la concurrence considérée pourtant comme l’alpha et l’oméga des réformes de structures supposées redynamiser l’économie et l’emploi.

La baisse des marges ne concerne donc que « quatre branches exposées à la concurrence étrangère : matériel de transport, biens de consommation et biens intermédiaires, biens d’équipement et tourisme ». Et, dit Patrick Artus, elle vient « du recul ou de la stagnation des prix, c’est-à-dire de l’incapacité des entreprises à passer les hausses de coûts dans les prix. Il s’agit donc d’un problème de concurrence étrangère, et pas d’évolutions domestiques. La manière naturelle de le traiter serait une dévaluation. Baisser les charges sociales des entreprises n’est pas normalement une politique adaptée : elle réduit le coût du travail dans toutes les branches, y compris celles où les marges bénéficiaires sont élevées, alors que le problème ne se pose que dans quatre branches et qu’il s’agit d’un problème de prix. Il y a donc, en cas de baisse des charges, un effet d’aubaine dans neuf branches sur treize ».

Les baisses de cotisations patronales peuvent être considérées, au même titre que les fameuses niches fiscales, comme des dépenses publiques. Officiellement du reste on appelle cela des dépenses fiscales. Si l’on cherche des économies à réaliser sur les dépenses publiques inefficaces, commençons donc par ne pas les augmenter de quelques 15 milliards d’euros de baisse des cotisations sociales patronales en plus des 20 milliards de CICE déjà mis en œuvre par le gouvernement…

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