Bretagne, un pacte pour un avenir pollué

En ces temps de crise, force est de constater
que l’écologie cède souvent la place
à l’emploi. Le « pacte d’avenir pour la Bretagne » signé ce week-end à Rennes par Jean-Marc Ayrault en est
un « imparfait » exemple.

L’écologie était déjà l’ennemie
bien connue de
la modernité, chacun se
rappelle de la formule
toute en délicatesse qui
postulait « le nucléaire
ou la bougie ». Avec la
violence de la crise, l’écologie est en
passe de devenir l’autre ennemi de l’emploi.
L’autre car, il ne faut pas rigoler, le
principal adversaire du salarié demeure
le salaire minimum, le code du travail,
l’impôt sur les sociétés et la protection
sociale. Avec la fronde contre l’écotaxe,
de nombreuses déclarations ont
pointé qu’avec le niveau du chômage
en France, il n’était guère possible de
s’embarrasser de considérations écologiques.
Ségolène Royal a récemment
apporté son soutien aux Bonnets
rouges, « révolte citoyenne » avant de
se rétracter quelque peu. À cette occasion,
elle a brocardé l’écotaxe qu’elle
avait pourtant soutenue jusque-là. Mais
au-delà de cette polémique, c’est l’argumentation
utilisée qui doit être retenue :
l’emploi doit être la seule préoccupation
des différents gouvernants.

La difficile articulation entre des questions
environnementales et la simple
survie de populations entières est une
question délicate dans bien des pays
du Sud. Le dumping écologique entre
pays ayant des normes contraignantes
et d’autres pouvant s’affranchir de toute
législation sur ce sujet est une réalité
qui a des conséquences sur l’emploi
dans le cadre d’un marché mondial globalisé.
Faut-il pour autant réautoriser
l’industrie chimique à rejeter comme elle
l’entend divers produits dans les fleuves
et rivières ? À l’évidence non. Pourtant
la petite musique qui consiste à baisser
la garde sur ces questions devant le
défi majeur du chômage se propage en
France de manière croissante. Emploi et
écologie, en apparence au moins, ne relèvent
pas de la même temporalité. Les
problèmes liés à la question du réchauffement
climatique apparaissent lointains
et diffus, quand la fermeture d’une
usine ou la crise d’un secteur industriel
poussent à des solutions immédiates.

Face à la gronde toujours redoutée des
pêcheurs, on sait le gouvernement embarrassé
par la question des quotas de
pêche. Mais le dossier breton prend des
proportions hallucinantes et passe à
côté de l’essentiel, la remise à plat d’un
modèle productiviste à bout de souffle.
Avec « Le pacte d’avenir pour la Bretagne
», lancé par le Premier ministre,
Jean-Marc Ayrault, pour tenter de trouver
des solutions à la crise économique
et sociale que traverse la Bretagne, le
gouvernement poursuit une politique de
gribouille à la petite semaine. Ce pacte
consacre à la région une enveloppe de
2 milliards d’euros, dont près de 1 milliard
pour un plan en faveur du secteur
agroalimentaire, en pleine crise. L’agriculture
et les industries agroalimentaires bretonnes, notamment la filière porcine
et avicole, se sont pourtant développées
sur la base de production de masse de
produits peu valorisés, destinés en partie
à l’’exportation. Cette production est
aujourd’hui fortement concurrencée par
les pays émergents ou par des pays
de l’’Union européenne qui, comme
l’Allemagne ou le Danemark, pratiquent
un dumping social en employant massivement
des salariés d’’Europe centrale
et orientale sous-payés en utilisant les
failles de la directive européenne sur
le détachement des travailleurs. Loin
d’essayer de pérenniser un modèle
désastreux, la solution consiste à mettre
en oeuvre un plan de reconversion de
l’’industrie agroalimentaire bretonne.
Celui-ci devrait être basé sur un élevage
et une agriculture plus respectueuse
de l’environnement et des hommes,
pour des produits de meilleure qualité,
la relocalisation de la transformation,
la fin de la concentration des outils de
travail et une juste rémunération du
travail salarié et paysan.

Le mal nommé « pacte d’avenir » du
gouvernement n’en a donc aucun. Il
s’affranchit de tous les problèmes écologiques
et n’apporte aucune solution
économique. Simple manoeuvre dilatoire
pour obtenir un répit politique, il
démontre une nouvelle fois l’incapacité
de ce gouvernement à sortir des sentiers
battus et à se tourner vers l’avenir.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *