Le pape accusé d’être «marxiste» par le Tea Party

pape-3.jpg

La phrase est légère, subtile et il aurait été dommage de ne pas l’offrir aux lecteurs de Regards : «Jésus était un capitaliste prêchant la responsabilité personnelle, pas un socialiste». L’auteur de ce propos impérissable[[http://www.rawstory.com/rs/2013/12/02/tea-party-activist-jesus-christ-is-weeping-in-heaven-over-popes-criticism-of-capitalism/]] , Jonathon Moseley est un responsable de l’influent Tea Party aux Etats-Unis. L’homme est coutumier du fait et tout lecteur possédant un solide sens du second degré lira avec intérêt son article[[http://www.americanthinker.com/2013/12/what_is_a_capitalist.html]] What is a Capitalist. Apportant une incontestable profondeur historique à l’histoire, on y apprend qu’à la tête d’une quasi société anonyme « Le premier pape, Pierre, dirigeait une entreprise de pêche avec les fils de Zébédée», preuve s’il en est de l’identité consubstantielle entre capitalisme et christianisme.

Il ne s’agit pas d’initier ici une controverse théologique et le propos serait juste risible s’il ne faisait pas écho à d’autres outrances du même type. Un commentateur de la chaîne conservatrice Fox, Stuart Varney, de religion anglicane, a récemment accusé le pape d’être un tenant du «néo-socialisme», ce qui là encore est pour le moins exagéré. Il est vrai que le même Tea Party analyse l’Obamacare, qui n’est pourtant qu’une sous CMU, comme un retour à l’Union soviétique.

Certes, le pape François, dans son exhortation apostolique «Evangelii Gaudium», publiée fin novembre, a dénoncé la dictature d’un marché «implacable» qui crée une «culture du déchet», rejetant des populations entières à la marge. Propos que la très conservatrice conférence des évêques états-uniens a salué par la voix de l’évêque David L. Ricken, jugeant que celui-ci est «l’exemple vivant de la nouvelle évangélisation». Pour l’un des représentants de l’épiscopat français, Mgr Hippolyte Simon, archevêque de Clermont, François est «fidèle à la doctrine sociale la plus classique de l’Église, à savoir que le marché ne peut pas suffire à prendre en charge le bien commun : l’État doit participer à cette tâche». Et Mgr Simon de rappeler cette boutade du célèbre évêque brésilien des pauvres, Dom Helder Camara : «Quand je m’occupe des pauvres, on me prend pour un saint. Quand je demande pourquoi ils sont pauvres, on me dit que je suis marxiste».

Selon ses biographes, Jorge Mario Bergoglio – le pape François – n’a rien d’un marxiste, bien au contraire : sans être jamais un hyper-conservateur, il s’est heurté frontalement aux prêtres jésuites d’extrême gauche tentés par le marxisme. Face à la théologie de la libération, très en pointe en Amérique latine dans les années 1970, il propose une «théologie du peuple» non marxiste. Son attitude pendant les années de la dictature du général Videla de 1976 à 1983 en Argentine est controversée. Sa complaisance n’est certes pas avérée, en revanche son mutisme lui est certain.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *