Un PS à hue et à dia

rose-3.jpg

La semaine dernière, deux événements opposés dans la famille socialiste, une interview dans Le Figaro, et un départ remarqué…

Dans Le Figaro du 27 novembre, le député socialiste du Gard, Pascal Terrasse, appelle à une union nationale sur le modèle allemand. Officiellement parce qu’il faut « passer de l’austérité à la sobriété », ce qui suppose un « assouplissement du marché du travail » et une « discipline sociale » reposant sur le consentement. Il faut donc trouver une base politique majoritaire pour fonder ce consentement : cela passe par un recoupement de la droite et de la gauche. C’est ce réajustement, qui transcende les frontières partisanes de la droite et de la gauche, qui est ici appelée « union nationale ». Comble de l’ironie : pour justifier l’abandon complet de la logique régulatrice de l’État-providence, le député se réclame… du Conseil national de la Résistance qui avait légitimé la logique en question.

Au même moment, Pierre Larroutourou décide de quitter une nouvelle fois le Parti socialiste pour créer une nouvelle formation politique, baptisée Nouvelle Donne, où il se retrouve avec Bruno Gaccio, l’urgentiste Bruno Pelloux et le philosophe Edgar Morin. La Nouvelle Donne évoque explcitement le New Deal de Franklin D. Roosevelt. L’économiste et conseiller régional francilien, qui se fit connaître en plaidant pour la « semaine de quatre jours », a été proche de Michel Rocard et a rejoint brièvement les rangs d’Europe-Écologie. Il plaide ouvertement pour une politique volontariste, de filiation keynésienne, centrée sur la lutte contre le chômage.

Les deux évènements disent de façon ramassée le dilemme fondamental du socialisme français. Pascal Terrasse désigne ouvertement l’avenir de la démarche sociale-libérale prônée depuis longtemps par Emmanuel Valls, choisie consciemment par François Hollande depuis l’Élysée et entérinée par les dirigeants de la rue de Solferino. En reprenant intégralement les antiennes sur la réduction des déficits et la flexibilisation du travail, conditions présumées de la « compétitivité » mondiale, les responsables socialistes remettent en question le clivage fondamental qui sépare la gauche et la droite sur deux siècles. À l’arrivée, c’est la gauche elle-même qui perd son sens.

Pierre Larroutourou ne rompt pas avec la tradition régulatrice du socialisme. À bien y regarder, il offre une hypothèse de rupture avec le cours néolibéral dominant, sans se poser la question de la rupture avec le noyau capitaliste de l’actuelle mondialisation. Il laisse entier le dilemme classique de la gauche européenne, celui qui sépare la logique d’adaptation et celle de la rupture. Mais il se situe ouvertement dans l’espace de la gauche et redonne du sens au face-à-face de la droite et de la gauche.

La première voie est celle de l’échec. Elle étouffe la gauche ; elle crée les bases d’expansion d’une droite radicalisée et redynamisée. La seconde voie ouvre la porte d’une espérance. Elle contribue, avec d’autres, à redonner du sens à une gauche revivifiée et rassemblée. Ceux qui continuent de se reconnaître dans la grande tradition du socialisme européen sont ainsi devant un choix crucial.
S’ils choisissent la première voie, ils sabordent leur propre idéal, affaiblissent la gauche et préparent le pire. Si lui tournent le dos, quelle que soit la méthode concrète qu’ils retiennent, ils rendent possible un sursaut.

Pour qu’ils choisissent l’une et l’autre voie, ce que fera le Front de gauche est décisif. S’il continue de marier le discours de vérité (le pouvoir socialiste conduit la gauche et la France dans le mur) et l’esprit d’ouverture en direction de toute force et tout individu capables à gauche de dire non au cours actuel, il aide au mouvement. S’il parvient à raccorder une possible convergence politique à la dynamisation citoyenne du peuple lui-même, il ouvre la porte à une relance démocratique radicale.

Alors la gauche et le mouvement populaire iraient de nouveau du même pas. Alors les jours heureux seraient devant nous, et pas seulement dans le souvenir nostalgique.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *