Il y a des jours où les actualités se croisent malicieusement… Mercredi 23 octobre, nous pouvons ainsi apprendre en même temps que la capitalisation boursière du CAC 40 a retrouvé ses plus hauts niveaux et que les chiffres du chômage pour le mois de septembre vont être mauvais.
Le CAC 40, l’indice de la bourse de Paris, a franchi le seuil des 4300 points. Voilà une information qui ne sera pas très utile à beaucoup, mais ce niveau est comparable à celui atteint le 12 septembre 2008, dernière séance avant l’annonce de la faillite de Lehman Brothers. Du point de vue des marchés, la crise boursière ouverte par la faillite de la banque américaine est désormais révolue. Le cabinet PricewaterhouseCoopers vient d’ailleurs de publier le palmarès des 100 plus grandes entreprises européennes en fonction de leur capitalisation boursière. En août 2013, le total s’élevait à 5308 milliards d’euros contre 4875 milliards, cinq ans plus tôt. Pierre Moscovici avait donc raison : « La reprise est là », en tout cas pour les actionnaires. Pour la masse des salariés, c’est une autre affaire…
Le ministre du Travail, Michel Sapin, prépare le terrain de l’annonce du pourcentage officiel de chômeurs. Les « chiffres ne seront pas bons », a-t-il indiqué sur Europe 1. L’explication est déjà toute trouvée, c’est la faute au bug du mois d’août : « Comme vous le savez, au mois d’août il y a eu un incident statistique avec un bug SFR. Cet incident statistique a augmenté la baisse au mois d’août, il va augmenter la hausse au mois de septembre.» Il n’est pas inutile de rappeler que telle n’était pas l’analyse du même ministre le mois dernier. À l’époque, pourtant pas si lointaine, la baisse de 50 000 chômeurs était expliquée essentiellement par les fruits de la politique gouvernementale et accessoirement par un petit problème informatique. Mais un énarque de la trempe de Michel Sapin ne saurait s’arrêter à de tels arguties et déjà ses capacités d’innovations en « éléments de langage » nous fournissent une nouvelle perle : « Les tendances aujourd’hui, elles sont au ralentissement du chômage. » Ainsi, après « la croissance négative » qui remplace la peu présentable récession, la mode est désormais au « ralentissement du chômage », manière sophistiquée d’expliquer qu’il progresse mais moins vite. Nul doute que les milliers de chômeurs supplémentaires apprécieront cette subtilité sémantique.
Ces deux informations n’en sont en fait qu’une seule. Depuis cinq ans et le début de la crise financière, les différents gouvernements n’ont eu de cesse de mener des politiques d’austérité voire d’ajustements structurels. Détricotant les acquis sociaux, quand ils ne les ont pas brutalement remis en cause, ils ont développé cette fameuse politique de « l’offre ». Celle-ci repose sur ce propos d’Helmut Schmidt, chancelier SPD des années 1970 : « Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain. » Au nom de la restauration de la compétitivité, tous les cadeaux ont été faits au patronat. Et lorsque le ministre de l’Économie, Pierre Moscovici, indique sur BFMTV le mardi 22 octobre que « le gouvernement mène une politique pro-entreprises », personne n’en doute mais avec quels résultats ?
Le fonctionnement réel du capitalisme néolibéral devrait conduire à reformuler la maxime de H. Schmidt de la manière suivante : les profits d’aujourd’hui sont les dividendes de demain et les délocalisations d’après-demain. Évidemment, c’est tout de suite moins enthousiasmant


Laisser un commentaire