Les monnaies locales contre le capitalisme

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Le développement des monnaies
complémentaires constitue autant
de réponses locales au désordre global.
Ces alternatives concrètes luttent
contre la spéculation qui est au coeur
du capitalisme.

Alors que la Commission
et la Banque centrale
européennes s’arcboutent
sur la politique
de l’euro fort, la
monnaie redevient un
enjeu politique. Au-delà des débats
sur la sortie, ou non, de la monnaie
unique européenne, des expériences
concrètes éclosent un peu partout
en Europe et en France pour
instaurer des alternatives : monnaies
complémentaires ou locales. Mardi
1er octobre, c’est celle de Montreuil
(Seine-Saint-Denis), la Pêche, qui a été
lancée à l’hôtel de ville.

Portée par l’association Montreuil en
transition
, soutenue par la municipalité
EELV, la Pêche entrera en circulation
dès le mois de novembre. Une trentaine
de commerçants ont déjà annoncé
leur entrée dans le réseau. Pour
mieux comprendre de quoi il s’agit,
l’association Montreuil en transition
a posé les enjeux : « La monnaie
locale est une solution locale pour
répondre au désordre global : crise
économique, crise écologique, crise
politique. La monnaie locale est un
outil de transformation sociétale qui
permet d’encourager l’économie
réelle et locale ; de réduire notre
empreinte écologique ; de combattre
la spéculation et les paradis fiscaux. »

Florence Fréry, maire adjointe au
Développement économique et à
l’Emploi de Montreuil, enfonce le
clou pour expliquer l’engagement
de la municipalité dans le dispositif :
« La question de la relocalisation de
l’économie fait évidemment partie de
nos principes, de nos ambitions. »

Cette volonté de faire des monnaies
locales un outil politique pour changer
le réel à proximité de soi marque la
trentaine d’expériences existantes ou
en cours de création en France. Pour
autant, l’aspect économique n’est pas
en reste. Et même les commerçants
s’en félicitent. Fabrice Domingo,
gérant de la librairie Terra Nova à
Toulouse, l’admet même si c’est la
dimension militante qui l’a décidé à
s’engager : « Il y a des clients qui
découvrent notre existence par notre
appartenance au réseau. »
L’expérience
la plus connue, le chimgaueur en
Bavière, génère 6 000 000 euros de chiffre d’affaires, pour 650 magasins
partenaires et 3 000 membres.
Mais il ne s’agit là que d’une monnaie
complémentaire, c’est-à-dire qu’elle
ne vient pas en concurrence de
l’euro. Nicolas Leblanc, rédacteur en
chef de la revue Territoires, précise :
« Elles viennent combler certains
manques du système monétaire
officiel. Les monnaies officielles
peuvent être capitalisées, prêtées avec
un taux d’intérêt, et ainsi échapper à
l’économie locale : produites par le
travail local, elles peuvent facilement
s’envoler vers des placements plus
ou moins lointains et ne quasiment
pas circuler dans l’économie réelle,
d’où un système monétaire qui tend
vers une “rareté” problématique
de la monnaie. »

Finalement, sans le dire, les monnaies
complémentaires renouent avec
l’utopie de l’économie distributive
mise en mots par Jacques Duboin
dès 1935 dans son journal La Grande
relève. Il promouvait une monnaie
de consommation correspondant à
l’activité économique et ne permettant
aucune spéculation.

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