« La Bataille de Solférino » ou la tension contemporaine

La bataille de Solférino

C’est l’histoire d’un chaos. Remarquablement filmé et interprété. Le premier long métrage de Justine Triet, qui a fait événement depuis le Festival de Cannes, témoigne d’une époque de trouble et de tension. Le soir de l’élection présidentielle, un couple séparé se déchire violemment autour de la garde de deux filles en bas âge. Elle – Laetitia Dosch – est journaliste pour une chaîne d’info continue. Il – Vincent Macaigne – est un dessinateur de BD perdu et désargenté. Le film donne à voir des relations entre hommes et femmes qui s’échappent des normes historiques sans pour autant trouver les formes de l’apaisement. Il nous parle de cette période où la petite histoire, celle du privé, de l’intime, prend le pas sur la grande, l’Histoire avec un grand H, celle du collectif. La foule déchainée fait écho aux délires d’un couple électrique au sujet des enfants. Vincent est violent et déjanté, Laetitia est à bout de nerf, stressée et fatiguée de joindre les deux bouts de la maternité et du travail salarié. Les deux sont paumés et la réalisatrice ne choisit pas son camp. Elle filme le réel et le loufoque d’un drame contemporain.

Ce que les critiques ont retenu dans La bataille de Solférino, ce film très écrit sous ses airs d’improvisation et innovant sur sa forme narrative, c’est d’abord la performance cinématographique. Le film a été en partie tourné avec six caméras le soir de l’élection de François Hollande. Une prouesse réussie, donnant des images vertigineuses et surtout jamais vues ainsi de la foule un soir de présidentielle. Justine Triet raconte qu’au moment où elle écrivait ce film, avec l’envie de raconter l’histoire d’un couple sur une journée d’élection, DSK venait de se faire pincer : « la victoire de la gauche n’était plus qu’un lointain mirage. J’ai écrit « La Bataille » en pensant que ce serait l’histoire d’une défaite », raconte-t-elle. Mais vous ne trouverez pas de liesses joyeuses dans ce film. Au fond, à peine arrivée, la victoire de la gauche tourne vinaigre. « La gauche passe, les gens sont heureux mais très vite il y a quelque chose dans l’air qui relève de la tension », raconte la réalisatrice. C’est vous dire si le film un bijou de réalisme à la française. A ne pas manquer.

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