Le saviez-vous ? Arnaud Viviant, l’une des plumes de Regards, a lancé une revue dont les numéros se comptent déjà sur les doigts d’une main. Elle a l’air d’un carré mais ne l’est pas, et c’est tant mieux. De Frédéric Beigbeder à Roselyne Bachelot, en passant par Roger Martelli, Emmanuel Pierrat ou Laurent Joffrin, les signatures mêlent des journalistes, des politiques, des intellectuels, sans ligne continue, filant l’ambiguïté d’un titre étonnant : Charles. Dans un style sobre et élégant, la revue décortique la politique, cherche comment elle se fait, se défait, par qui elle s’invente, se reproduit sur elle-même. Dès le deuxième numéro, le dossier de Charles sur les ouvriers de la politique, ces « petites mains » des « grands Hommes », avait tracé l’ambition. L’édito de François Mitterrand ou la BD « La révolution… mais trop » plantent le décor. Le pari est audacieux, la cohérence éditoriale iconoclaste mais ça marche, tout simplement parce que le résultat est aussi savoureux qu’intéressant pour qui aime la politique, nourrit de la curiosité pour ses acteurs, son histoire, ses grandeurs, ses dessous.
Ce trimestre, Charles s’attaque aux relations entre les médias et la politique. Les deux univers sont mal en point et en évolution. Comment se porte le couple ? Pour le savoir, la longue interview de Jean-Luc Mélenchon sur son rapport aux médias, son parler « cru et dru », les raisons de sa stratégie et de sa défiance, côtoie celle de Pierre Bergé qui raconte comment il se sent « en porte-à-faux » comme actionnaire et « homme de valeur » au journal Le Monde. Charles choisit de donner la parole aux responsables du site Atlantico qui se défend d’être de droite, de faire un portrait délicieusement acide de Rémi Branco dans sa rubrique « renseignements généraux » et de recueillir le témoignage de Michel Bassi, cet ancien journaliste politique devenu porte-parole de Valéry Giscard d’Estaing. Et Arnaud Viviant a décidé d’aller rencontrer Philippe Sollers pour savoir ce qu’il vote : « Je ne vote pas, coco… Mais faut pas le dire ! ». Mais tout est dans l’art du récit.
A l’évidence, de Charles en Charles, la politique est un monde fait par et pour les hommes. On le savait déjà mais la succession d’images, d’interviews, de portraits masculins a quelque chose d’accablant. Et puis le regard se pose sur Ghislaine Otteinheimer, rédactrice en chef de Challenges qui confie à Charles qu’elle en a assez de raconter les affaires de drague : « c’est agaçant de répondre toujours à cette question. Quand on est une femme journaliste politique de moins de quarante ans, on s’y frotte systématiquement, c’est certain. Mais je n’ai plus ce problème ». Comment être mieux rassuré-e ? La suite, peut-être, au prochain numéro.



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