Denis Fernandez-Recatala est mort, mardi dernier. C’était un homme libre. Il n’est jamais sorti de la guerre d’Espagne, que les siens ont vécue, qui a baigné son enfance et qui est restée le terreau de ses valeurs et la moelle de ses combats. C’est dire que Denis a choisi la fidélité. Et il a choisi d’être libre dans cette continuité. Il était ainsi communiste à sa manière. Il ne pouvait être autre chose que membre d’un parti communiste, il ne portait guère dans son cœur la direction du PC français : il décida donc d’être… communiste espagnol, membre du PCE. Pour cet antistalinien qui ne voulait pas que l’on crache sur le communisme en vilipendant trop facilement Staline, c’était une manière singulière de dire qu’il épousait une idée universelle et pas un appareil.
Ce séducteur impénitent était un intellectuel flamboyant, lecteur insatiable, passionné de culture et donc d’histoire. Lui qui ne voyait presque plus, était un fou des livres et de l’écriture. C’était un impertinent et il valait mieux ne pas encourir les foudres de ce méditerranéen bouillant. Il était imprévisible, aimant taquiner l’extrême, capable de cabotiner sans cesser d’être lucide, railleur et tragique. Il adorait la provocation et se riait de lui-même.
Il aimait tout autant le conflit que l’amitié. Il ne savait pas ce qu’était la concession. Il était entier, faisant toujours passer son éthique sur toute autre considération. Il préférait être un de ces mendiants somptueux et libres du Grand siècle espagnol qu’un laquais. Il fit de cette fierté une règle de vie, sans jamais une plainte quand sa douleur était extrême.
Il était touche-à-tout, romancier et poète, essayiste et historien, attaché à la trace d’Aragon, collaborateur de Digraphe et des nouvelles Lettres françaises. Nous avons eu la chance de bénéficier de sa plume à Regards, après l’hebdomadaire Révolution, dont il fut l’une des toutes premières journalistes. Il fut notamment l’artisan, en 2006, d’un très beau numéro spécial consacré à l’année 1936.
Quand un homme comme Denis Fernandez-Recatala disparaît, c’est toujours le signe qu’un chapitre est clos. Mais le livre reste ouvert.
Quelques ouvrages de Denis Fernandez-Recatala :
- – Le Polar, 1986
- – Meurtre à Abécédaire, 1988
- – Mémoires du futur, une anthologie de l’utopie, 1991
- – Annie Ernaux, 1994
- – Elisa, 1995
- – Lettre ouverte à une nouvelle majorité, Pour un suffrage universel élargi aux immigrés, 1997
- – Temps barbares, De l’Albanie au Kosovo (entretiens avec Ismaïl Kadaré), 1999
- – Chroniques du Stade de France et de ses environs, communautés en chantier fragments, 1999
- – Bernard di Sciullo ou les faveurs de la peinture, 1999
- – Jean-Pierre Jouffroy anthropométries, 2000
- – Styles, poèmes, 2002
- – Matière. Un palimpseste, 2002
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