Henri Alleg, l’indomptable

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Un petit bonhomme, bouille ronde, des yeux pétillants et un doux sourire, à faire fondre. C’était Henri Alleg, homme indomptable. Le journaliste anticolonialiste d’Alger Républicain avait connu la torture et en avait réchappé, à la différence de son ami, le mathématicien Maurice Audin. En prison, clandestinement, il avait raconté par écrit son calvaire, page après page. Le livre qui en sortit fut un brûlot. La Question, paru en février 1958, révélait au grand jour les pratiques odieuses qui étaient en train de gangréner la République et de séparer, irrémédiablement, la France de l’Algérie.

Ce patriote était un métis culturel et un internationaliste quasi-naturel. Juif russo-polonais de filiation, britannique de naissance, français d’éducation, algérien de passion, il incarnait cette humanité qui ne confond pas l’enracinement et la clôture, l’attachement national et la bigoterie chauvine. Cet errant par contrainte était aussi un fidèle, l’idéal était son identification la plus forte. Henri Alleg était irrévocablement communiste. Ce point d’attache était pour lui la seule manière de ne jamais accepter le triomphe de l’inhumanité. Il en était tellement convaincu, qu’il redoutait avant tout la dilution du mouvement qui se réclamait de l’idée. Il avait si peur de la disparition du communisme du XXe siècle, qu’il semblait parfois l’immobilité au renoncement. Il souffrit ainsi, cruellement, de l’agonie du soviétisme, qu’il attribua à l’esprit de capitulation, et non à la sclérose.

La mort qu’il avait narguée l’a rattrapé. Elle a heureusement manqué son sourire et sa passion.

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