Squat un jour, squat toujours ! Ainsi squattent-ils…

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Chronique des deux expériences de réquisition de logements menées à Paris, place des Vosges et avenue Matignon par le collectif Jeudi Noir, le documentaire de Marie Maffre, brosse avec justesse le portrait d’une jeunesse militante et souvent enthousiaste, bien décidée à répondre par elle même au scandale de la précarité immobilière. Le témoignage bienvenu d’un engagement politique joyeusement concret.

C’est d’abord un film à la croisée du documentaire de création pour l’écriture, du reportage pour l’urgence de certaines séquences, du film militant pour le parti pris en faveur de la communauté de vie de celles et ceux qui choisissent, parfois, et/ou sont contraints, souvent, de vivre l’expérience du squat. Un film hybride, comme la militance de ces jeunes gens, entre engagements individuels et choix de vie collective. Un mode d’emploi aussi qui renseigne, pour qui se poserait la question, sur les modalités pratiques tant de l’ouverture d’un squat que de sa pérennisation. Pérennisation juridique, bien fragile au regard du droit hexagonal, malgré l’aide d’une structure ad hoc et d’avocats engagés, tout autant que pérennisation de la vie collective avec toutes les difficultés individuelles que cela comporte.

Sur cette expérience aussi joyeuse que coûteuse en énergie humaine, Marie Maffre, pose un regard plein d’empathie, dans le sillage de grands documentariste tels Denis Gheerbrant ou Nicolas Philibert, et sa caméra, tantôt à l’épaule, tantôt prenant le temps de composer son cadre, choisit d’être embarquée dans les deux aventures qu’ont constituées les ouvertures du squat La Marquise, place des Vosges, et celles moins couronnée de succès de l’immeuble appartenant à l’assureur AXA, à deux pas du palais de l’Elysée, occupé alors par Nicolas Sarkozy. Tellement embarquée la caméra de Marie Maffre qu’elle finira au poste de police avec son opératrice à l’issue d’un repérage nocturne.

Loin des squats de sans papiers, ou de ceux, clandestins, où se réfugient toutes celles et ceux qui sont en rupture sociale radicale, il s’agit ici de s’immerger dans ces squats d’étudiants, jeunes travailleurs, artistes réels ou fantasmés, intellos précaires, pas moins légitimes que les précédents dans leur démarche, même si certainement plus ouverts sur le monde extérieur et ayant choisit de jouer le jeu de la médiatisation spectaculaire. Des squats qui se voudraient phalanstères contemporains, lieux pour des utopies accessibles et concrètes. Choisissant de ne privilégier aucun membre des collectifs au détriment des autres, Marie Maffre parvient à transmettre, au travers des aléas du quotidien, une part non négligeable de l’énergie communicative qui sous tend ces moments de vie particuliers. Au point de nous faire rêver que s’ouvre un squat dans chaque quartier, des milliers à travers le pays, comme autant de résistances vitales, tant à l’appauvrissement culturel des ghettos populaires, qu’à la sclérose sociale de la gentrification urbaine. Ainsi soit il ?

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