Front de Gauche, et maintenant ? Eric Coquerel du Parti de Gauche

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Un an après l’élection de François Hollande, le Front de gauche se trouve confronté à une problématique devenue évidente : comment faire face à un gouvernement présumé de gauche qui sur le plan économique et social, au moins, fait une politique de droite ? Une politique d’austérité qui conduit à la récession et donc à l’échec aussi sûrement que la nuit succède au jour. Disons les choses autrement : comment éviter qu’au bout de cette impasse nos concitoyens ne redonnent le pouvoir à une droite extrémisée alliée ou pas à l’extrême droite ?
Cela revient à mettre en place une stratégie en vue de construire une majorité alternative appuyant une autre politique de gauche et obligeant dès lors le chef de l’État à des choix. Voilà la feuille de route, elle ne présente aucune solution évidente ni certaine mais nous n’avons pas d’autres choix. Celle qui consisterait à faire pression sur le gouvernement dans l’espoir qu‘il change de politique ? Elle serait semeuse d’illusion. Car nous n’avons pas devant nous un
gouvernement social-démocrate classique à qui nous reprocherions de faire des réformes trop timides, il s’agit d’un genre nouveau en France : un social-libéralisme qui applique là sa politique libérale comme Blair ou Schroeder l’ont fait avant lui. Nous venons d’ailleurs d’en voir une démonstration supplémentaire. Vingt-quatre heures après le refus de 74 députés de voter l’ANI, Monteboug, Hamon et Duflot, certains eux aussi que l’austérité conduit dans le mur, sont montés au front de manière concertée les 9 et 10 avril. Le recadrage de François Hollande n’a pas tardé : le 10 avril, il les tançait et affirmait maintenir son cap. Qu’espère le Président de la République ? Peu de choses en réalité de sa politique. Il parie sur des solutions exogènes. Pour lui la crise est cyclique, elle finira donc par passer. On le dit même persuadé que l’Allemagne devra finir par relâcher son étreinte monétariste. En attendant, il faut tenir en rassurant les marchés. Il se trompe lourdement : cette crise est systémique, la France ne pourra donc s’en sortir en se contentant de combiner patience et austérité.

Il ne s’agit donc pas de « pousser » ce gouvernement mais d’imposer à François Hollande un rapport de force politique. Première condition : le Fdg ne doit être assimilé en rien à la politique gouvernementale. C’est le plus grand écueil : tous les jours le pouvoir médiatico-politique ne cesse de réduire « LA » gauche à la majorité de M. Ayrault, nous reléguant aux marges. Le PS en rajoute, ne cessant de nous intimer l’unité pour ne pas faire pas le jeu de la droite. Cette farce cynique bute sur une réalité : du TSCG à l’ANI, remake des accords compétitivité emploi, en passant par la TVA sociale censée contrebalancer en partie les 20 milliards de cadeaux aux entreprises du pacte de compétitivité sans oublier la nouvelle réforme des retraites promise à l’été, ce n’est pas nous qui donnons ainsi une victoire a posteriori à Nicolas Sarkozy. Il ne faut pas se laisser intimider par ce théâtre d’ombres : nous devons clairement, dans les actes et le verbe, nous opposer à cette politique d’austérité comme d’ailleurs la résolution stratégique du Front de gauche de janvier 2013 nous invite à le faire.

Ensuite il faut… passer devant le PS, lui prendre le leadership à gauche en combinant mobilisations, initiatives programmatiques et élections. La droite et l’extrême droite se mobilisent dans la rue en prenant le mariage pour tous comme prétexte, il nous revient de proposer au peuple de gauche de se lever sur les valeurs qui l’ont poussé à battre Sarkozy en mai 2012. C’est la raison d’être de notre marche du 5 mai contre l’austérité et la finance et pour la vie République. La campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon et du Front de gauche a révélé la cohérence de son programme de gouvernement « l’Humain d’abord » au point de contraindre François Hollande à incurver son discours contre la finance. Voilà le fil que nous devons reprendre dans toutes les initiatives que nous soutiendrons ou lancerons à l’avenir : mobilisations sociales, assises, marche des femmes contre l’austérité, estivales… Ce sera aussi ce que nous devrons défendre lors des élections de 2014 si la situation ne conduit pas, d’ici là, à une accélération des rythmes y compris électoraux. À nous de saisir l’occasion des Européennes. Leur objet et leur scrutin à la proportionnel peuvent nous donner l’occasion de passer devant le PS et provoquer le séisme politique espéré. Nous ne nions pas l’importance propre et les spécificités des municipales qui auront lieu deux mois avant mais nous devrons aborder ces deux élections avec la même cohérence, celle d’une stratégie d’autonomie conquérante vis-à-vis des listes soutenant la politique du gouvernement.

Voilà ce que doivent être notre stratégie et nos objectifs pour les 12 mois à venir. Nous continuerons à ouvrir la porte à ceux qui dans la majorité expriment leur refus de l’austérité : gauche du PS et EELV même si leur lenteur, voire même parfois leur agressivité à notre égard, est inquiétante. Mais c’est surtout le peuple de gauche, et le peuple tout entier, que le Front de gauche doit convaincre. Ceux dont l’univers mental repose toujours sur une échelle gauche/droite comme ceux pour qui ce n’est plus le cas, encore moins le cas depuis 12 mois, tant gauche et droite leur semblent pareillement responsables. À ceux-là restent la résignation et la colère auxquelles le Fdg doit répondre en parlant clair et en assumant une parole tribunicienne. Plus globalement le Fdg doit devenir pour ça le Front du peuple, la force qui, toujours, met l’implication citoyenne au centre de ses préoccupations.
La tâche est lourde. Elle est à la hauteur des enjeux historiques se dressant devant nous : face à cette contre-révolution libérale et autoritaire débutée dans les années 1980 avec Thatcher et Reagan qui place aujourd’hui le monde en état d’urgence, nous devons plus que jamais assumer de créer les conditions de la révolution citoyenne. Il n’y a pas d’autres issues.

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