Des rassemblements pour demander la libération de Georges Ibrahim Abdallah sont organisés aujourd’hui. Alors que la justice a ordonné sa mise en liberté depuis plusieurs mois, le militant libanais reste détenu, faute d’arrêté d’expulsion. Un bloquage politique qui s’explique selon l’auteure Chloé Delaume, nièce du prisonnier, par une inédite «sainte trinité».
C’est normalement demain, jeudi 28 février, que l’on saura si l’homme détenu sous le numéro d’écrou 2388/A221 à la prison de Lannemezan, dans les Hautes-Pyrénées, pourra rentrer chez lui au Liban. Plus vieux prisonnier politique de France, Georges Ibrahim Abdallah est entré dans sa vingt-neuvième année de détention le 24 octobre dernier. Quelques semaines plus tard, le 21 novembre, le Tribunal d’applications des peines donnait un avis favorable à sa demande de libération, confirmé en appel le 10 janvier suivant. Et ce après huit échecs, et bien qu’il soit libérable depuis 1999.
Cet avis favorable si longtemps attendu est cependant subordonné à une décision politique: pour que Georges Ibrahim Abdallah sorte de prison, le ministère de l’intérieur doit signer un arrêté d’expulsion vers le Liban. Chose que jusqu’à ce jour Manuel Valls s’est refusé à faire, entraînant une succession d’ajournements, appels et procédures multiples autour de la décision et de son application. Pour les soutiens du militant, les raisons du blocage français sont limpides. Et politiques. «Parce que Georges Abdallah, tout au long de son incarcération, a gardé intacts ses convictions politiques anti-impérialistes et son engagement solidaire aux côtés des peuples en lutte et tout particulièrement du peuple palestinien, l’État français s’obstine à ne pas le rendre à sa famille et à son pays.», note le Collectif pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah dans un communiqué appelant à se rassembler ce mercredi à Paris (voir par ailleurs).
«Le couple Hollande / Valls a décidé de sacrifier Georges Ibrahim sur l’autel de ses ambitions politiques», s’indigne le militant du Parti des indigènes de la République (PIR), Youssef Boussoumah dans son article «Pour Georges Ibrahim Abdallah».
Jointe mardi au téléphone par regards.fr, l’écrivain Chloé Delaume, nièce du prisonnier, explique elle ce refus par ce qu’elle nomme la «sainte trinité»: «Il y a d’abord une dimension morale évidente, le fait que Georges Ibrahim Abdallah ne se soit pas repenti, et qu’il n’ait pas renié publiquement son engagement de combattant, cela semble poser problème aux autorités françaises; il y a ensuite la main-mise et l’intervention des Etats-Unis sur cette affaire qui est avérée; et il y a l’intervention du Crif qui a probablement pesée. Ce n’est pas être complotiste que de dire cela: on sait que Manuel Valls assume des liens forts avec l’Etat d’Israël.» De fait, le Crif suit l’histoire de près, y consacrant un dossier sur son site. Et comme en attestent des documents rendus publics notamment par son avocat Jacques Vergès, les Etats-Unis et Israël n’ont eu de cesse d’exercer des pressions pour que G.I. Abdallah – accusé d’être responsable des attentats ayant coûté la vie, en 1982, à un attaché militaire adjoint à l’ambassade des Etats-Unis en France et au deuxième conseiller à l’ambassade d’Israël – soit durement puni et condamné (lire «Un prisonnier politique expiatoire» de Marina da Silva et Alain Gresh). Avec succès puisque Georges Ibrahim Abdallah a désormais passé plus de temps en prison que Nelson Mandela.
Le 23 janvier dernier, Chloé Delaume co-signait avec le journaliste Daniel Schneidermann une tribune dans Libération. Elle y expliquait notamment comment elle s’est vu refuser la possibilité de rencontrer son oncle au centre pénitentiaire de Lannemezan. «Ma demande de visite s’est soi-disant perdue, raconte-t-elle. C’est quelque chose qui m’a beaucoup surpris car il est très rare que les familles des détenus ne puissent pas les rencontrer, y compris quand ils sont placés sous un régime de haute sécurité. En tant que nièce, normalement je n’aurai pas dû avoir à faire toutes ces démarches…» Qui sont donc restées lettre morte.
L’auteure travaille actuellement, avec Daniel Schneidermann, à la réalisation d’un ouvrage [[Possiblement titré Où le sang nous appelle et dont la parution est prévue en septembre prochain.]], annoncé comme une «autofiction romanesque». Axé, comme elle le résume elle-même, sur le «roman familial» de Chloé Delaume: un roman où la famille est très violemment heurtée par la violence, la guerre, le combat. Un livre traversé par les questions d’histoire, d’héritage, de déterminisme. Et donc par cette figure centrale de l’oncle qui s’engagera avec le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) puis la Fraction armée révolutionnaire libanaise (FARL). Une trajectoire qui le conduira à mener des activités «terroristes» sur le sol français dans les années 80. Et aux geôles de l’hexagone.
Un passé de militant révolutionnaire assumé et pour lequel Georges Ibrahim Abdallah a de toute façon payé. Mais qui visiblement ne passe toujours pas à Paris, Washington et Tel-Aviv.
C’est pourquoi, à la veille de l’audience du 28, ses soutiens appellent au rassemblement. Motivés et bien décidés cette fois, à se faire entendre: «Les appels du Parquet, les ajournements de décision, le pourvoi en cassation, la procédure rocambolesque et l’obstruction politique n’ont pour seul but que d’entraver la libération de notre camarade. Ils n’empêcheront pas la mobilisation internationale de tous ceux, de plus en plus nombreux, déterminés à voir Georges Ibrahim Abdallah enfin libre.»


Laisser un commentaire