OGM: moraliser les évaluations

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Maïs, colza, betterave, pomme de terre… Les OGM atterrissent dans les assiettes. Quel est l’impact des relations entre la recherche et les industriels sur l’évaluation de ces plantes génétiquement modifiées ? Le biologiste Jacques Testart, auteur de « A qui profitent les OGM ? », lance un appel pour la mise en place de protocoles plus stricts.

D’ores et déjà, la Commission européenne autorise à la culture deux plantes génétiquement modifiées : le maïs MON 810 et la pomme de terre Amflora de BASF. Mais en termes d’alimentation, elle a aussi donné son feu vert au colza, au soja ou encore à la betterave. Pourtant, une question continue de tarauder la population : la consommation d’OGM est-elle toxique pour la santé ? Le risque sanitaire est aussi un thème qui rassemble les opposants au maïs transgénique. « Et si, plutôt que de s’épuiser à chercher la malignité des plantes transgéniques, on exigeait de ceux qui veulent nous les imposer de démontrer leurs avantages ? » C’est la piste suivie par Jacques Testart dans A qui profitent les OGM ? (éd. CNRS, février 2013). Il exige, comme pour les médicaments, une évaluation du rapport bénéfices/risques de ces plantes. D’autant que, contrairement aux technologies qui répondent à une demande, personne n’exige de manger le maïs de Monsanto !

Pour l’heure, les défenseurs des biotechnologies se contentent des études réalisées par les industriels eux-mêmes. Une exception, toutefois. En 2012, l’équipe de Gilles-Eric Séralini publie un rapport qui a divisé la communauté scientifique. Pendant deux ans, deux-cents rats ont consommé du maïs transgénique NK 603 de Monsanto et du Roundup – herbicide toléré par cet OGM. Résultat, ils ont développé des tumeurs précoces (les femelles en particulier) et des atteintes rénales et hépatiques (surtout les mâles). Cette étude tendait donc à mettre en évidence une toxicité de ce maïs et de l’herbicide qui lui est associé. Les critiques en termes de protocole n’ont pas tardé à se faire entendre : la race de rongeurs utilisés était propice à l’apparition de tumeurs, l’effectif des animaux était faible, le traitement statistique des données insuffisant. « Aucune retenue, aucune concertation de la communauté scientifique, des appels aussi rares qu’inaudibles à la nécessaire confrontation critique de cette étude aux précédentes contredisant la conclusion du présent travail qui condamne les OGM et leurs concepteurs », déclarait ainsi dans Le Monde un collectif de scientifique. Jacques Testart en profite donc pour enfoncer le clou : selon lui, les données expérimentales proposées aux experts par Monsanto, lesquelles avaient permis à cette multinationale d’obtenir l’agrément pour ce même maïs en 2003, sont « plus critiquables encore »… Alors quoi ? « Un protocole acceptable pour autoriser une PGM ne le serait plus s’il conduit à la remettre en cause ! », pointe l’auteur.

Il explique que « de récentes révélations ont montré que les scientifiques chargés d’expertiser les PGM ne sont toujours pas indépendants, particulièrement au sein de l’Agence européenne de sécurité sanitaire (EFSA) dont le pouvoir est déterminant en Europe ». Plus précisément, « certains de ses membres éminents sont étroitement liés au lobby mondial des biotechnologies ». Ainsi de Diana Banati, présidente du conseil d’administration et membre d’un groupe de lobbying pour les industries pharmaceutique, agrochimique et agro-alimentaire (le Conseil des directeurs de l’International Life Science Institute Europe). Groupe en partie financé par Monsanto !

Comment ne pas voir l’incidence sur les expertises de la complicité qui existe entre la recherche et le monde industriel ? Et pourquoi refuser de mettre en place des protocoles plus stricts et moraliser les évaluations ? Sur quelles bases ? « Outre le nombre d’animaux testés, ce seraient des études longues, équivalentes à la durée de vie de l’espèce. » Et non pas sur trois mois (comme ce fut le cas de deux tests réalisés sur des rats, qui conclurent à l’innocuité d’un maïs et d’un soja)… L’affaire de l’amiante montre les risques du déni et l’urgence à en sortir.

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