Les huit nations qui se partagent l’Arctique sont réunies cette semaine à Tromsø en Norvège pour discuter de leurs frontières au Pôle Nord. En ligne de mire : l’exploitation des ressources naturelles et la souveraineté en Arctique.
Le Pôle Nord fond à vue d’œil. Pendant l’été 2012, le réchauffement climatique atteint de nouveaux records libérant une grande partie de l’Océan arctique de la glace. Les scientifiques bataillent ferme sur l’ampleur de cette fonte. Habituellement, la route maritime qui traverse le nord du continent américain, le Passage du Nord-Ouest, n’est ouverte que quelques semaines par an. Depuis l’invention des images satellites et probablement même depuis l’optimum climatique médiéval (entre l’an 800 et 1200), jamais les mers, les golfs et les détroits de l’Arctique n’ont été aussi libres de glace que l’été dernier. Les grandes puissances rêvent, depuis des siècles, d’une route commerciale passant par le Pôle Nord. Celle-ci réduirait de 6 000 kilomètres le trajet de Londres à la Chine. La question de la souveraineté de ce passage n’est pas une mince affaire. Pour les Canadiens, il est canadien, pour les Américains, il pourrait dépendre du droit maritime international.
Il est fort peu probable que le Passage du Nord-Ouest soit navigable toute l’année, mais de nombreux territoires et des eaux du Grand Nord sont de plus en plus accessibles. Et qui dit territoires et eaux accessibles dit richesses. Il est question d’un quart des ressources naturelles en gaz et en pétrole, de diamants, d’or, d’étain et de platine, pour ne nommer que quelques produits primaires. La Norvège, la Finlande, la Suède, l’Islande, le Danemark, les États-Unis, le Canada, la Russie ont beaucoup à miser sur l’exploitation de cette manne nouvelle pour retrouver leur indépendance énergétique. Alors l’ampleur de la fonte des glaces ravive bien des convoitises.
Dans ce coin du monde qui n’est pas entièrement cartographié, la question des frontières est complexe. Pendant que la Russie dépense des moyens scientifiques gigantesques pour planter un drapeau en titane à moins quatre mille mètres sous le Pôle Nord, d’autres se battent pour étendre leurs zones d’exploitations des ressources bien au-delà de celles autorisées par l’ONU. Et les points de conflits sont nombreux : en mer de Beaufort entre le Canada, les États-Unis, au Svalbard entre la Norvège et la Russie, au large de Saint-Pierre-et-Miquelon entre la France et le Canada… Les régions dont les côtes s’étendent grâce un inlandsis (une épaisse barrière de glace) sont aussi la source de grands différents. C’est le cas au Groenland par exemple.
Cette semaine, les huit grandes puissances de l’Arctique sont invitées à débattre de leurs frontières en Norvège. Les débats sont essentiellement axés sur « l’analyse de la productivité marine ». Le sort des ours, des phoques et des populations locales semble bien dérisoire. De « la productivité marine », découleraient donc, pour les huit grandes puissances de l’Arctique, les nouvelles frontières à tracer.


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