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Entretien avec Jim Harrisson

Voir aussi La trame, Terre d’Amérique A 60 ans, Jim Harrison est l’un des plus grands écrivains américains vivants. Né à Grayling, dans le Michigan, il n’a pas ressenti le besoin de s’exiler dans le Montana comme la plupart de ses amis. Il connut son heure de gloire avec Légendes d’automne, en 1979, adapté au cinéma, notamment grâce à l’acteur Jack Nickolson qui le finança pendant son écriture. Grand amateur de pêche et de chasse, il a pourtant horreur qu’on le compare à Hemingway. Son coeur balance plutôt du côté de Faulkner… C’est en France qu’il est le plus apprécié, les éditions 10-18 (Christian Bourgois) ont publié son oeuvre complète (Julip, son dernier roman paru en France. After he kill, un recueil de poèmes, vient d’être publié aux Etats-Unis); ça tombe bien, il aime la France et ses plaisirs culinaires… Histoire de briser la glace, l’entretien commence donc sur les vertus du vin rouge. On passe du ” beaujolpif ” au Romanée Conti. C’est entendu, il aime autant le bourgogne que le bordeaux. On peut donc passer aux choses encore plus sérieuses: la littérature !

Votre style a changé depuis Sorcier et Un bon jour pour mourir, des romans pleins d’humour mais très noirs. Vous avez changé de cap avec Wolf, et surtout Dalva, qui a connu un large succès.

Jim Harrison: J’étais plus jeune à l’époque de Sorcier. Aujourd’hui, je n’aime plus ce livre… J’étais un peu fou, en colère. J’avais des hauts et des bas. A trente ans, on est enragé. Après, j’ai écrit Wolf. J’ai mis quelques mois à rentrer dans le personnage. Je m’étais isolé. Je vivais comme un sauvage, dans ma ” cabane “. J’aime le roman noir et le policier. J’adore James Crumley, par exemple. Ma fille, Jamie, écrit aussi des polars (dans la Série Noire). Elle vient d’en finir un de 600 pages, très bon. J’en reviens pas d’avoir fait une gentille fille qui écrit des choses si sombres… Nous venons d’écrire un scénario tous les deux. Elle a trouvé son style. Je serais incapable d’écrire ses livres. Mon esprit n’est pas fait pour ça. J’ai été proche du roman noir, mais sans franchir le seuil. Sorcier était pour moi un exercice de style… Puis je me suis trouvé. J’aime la nature. C’est mon élément.

En écrivant Dalva, vous vous mettiez dans la peau des Indiens ? Leur littérature vous touche-t-elle particulièrement ?

J. H : Je connais bien la littérature indienne. James Welsh est mon ami. Je n’avais pas le choix, quand j’ai écrit ce livre. Il s’est imposé à moi. Dans mon passé, j’ai beaucoup visité les réserves. J’ai vécu là-bas pour comprendre ce qu’il s’y passait… Je me sentais proche d’eux, parce que j’étais pauvre quand j’étais jeune. Quand j’ai perdu mon oeil, j’ai écrit un livre pour les enfants, sur ce thème, qui s’appelait le Garçon qui courait dans les bois. Les écrivains indiens apprécient ce que j’écris, notamment la nouvelle ” Chien Brun “. Je n’aime pas la xénophobie. Je n’ai jamais eu de problèmes avec les native-writers. La nouvelle génération (Owens, Querry, etc.) a de de bons écrivains et des hommes droits, de bons poètes.

Vous êtes très apprécié en France. Qu’avez-vous pensé du Festival de Saint-Malo ?

J. H : Chez moi, on me lit à New York… J’ai plus de succès en Europe, c’est vrai. Je suis traduit dans 24 pays. La France a une tradition plus culturelle. Les Français nous repèrent avant nos compatriotes, comme ce fut le cas avec James Joyce et les jazzmen. Quant au festival, c’est bien mais ça m’a fatigué, j’étais très sollicité… En fait, j’ai surtout apprécié le vin, les fruits de mer, et la plage. Pas la foule. Je suis claustrophobe. Alors, dans ma chambre, j’ouvrais la fenêtre et je voyais la mer: c’était super !…

Vous engagez-vous pour des causes politiques ?

J. H : Je me considère comme un poète…de gauche. Les politiciens me font chier ! Chez moi, ils foutent en l’air le pays. Chez nous, écrire sur la nature, c’est un acte politique, ça vient du coeur. J’ai participé à des marches sur Washington, dans les années 60-70, et je me suis fait matraquer, comme les autres…

Dalva et tous les autres romans de Jim Harrison sont publiés en 10-18 ou chez Christian Bourgois.Julip, son dernier roman publié en France, est sorti chez Christian Bourgois, 322 p., 140 F Son dernier texte, paru chez Albin Michel, dans Terres d’Amériques, un ouvrage de 52 pages, écrit avec James Welsh, est offert par certains libraires aux acheteurs d’un ouvrage récent de la collection…

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