Hier, des enseignants parisiens ont défilé, à l’appel d’une intersyndicale, de la Sorbonne à l’Hôtel de ville. Une manifestation unitaire pour protester contre la réforme des rythmes scolaires. Entretien avec Jérôme Lambert, secrétaire départemental du syndicat enseignant SNUIPP-FSU Paris.
Regards.fr. Pourquoi la mobilisation ne concerne que Paris ?
Jérôme Lambert. Il y a dix ans, lors de son arrivée à la mairie, Bertrand Delanoë avait voulu imposer une réforme des rythmes scolaires. Les enseignants parisiens restent traumatisés par cet épisode. Par ailleurs, que les écoles soient proches les unes des autres et de taille importante, a peut-être aidé à créer un mouvement unitaire. Mais à vrai dire, l’ampleur de la mobilisation nous surprend. En deux semaines, près de 900 collègues se sont réunis en assemblée générale ! Nous n’avions pas vu ça depuis des années et nous ne pensions pas qu’après dix ans de coups de la droite, les enseignants seraient prêts à relever la tête ainsi.
Que vous inspire la décision de Vincent Peillon de modifier les rythmes scolaires ?
Est-ce vraiment plus important que de repenser le nombre d’élèves par classe et le contenu des enseignements ? Le ministère se sert de cette question des rythmes scolaires pour enfumer l’opinion publique. En la mettant en avant dans le débat public, il évite d’évoquer celle des effectifs dans les classes, des méthodes et les contenus d’enseignement, de la scolarisation des élèves en situation de handicap, du rôle des Rased [Réseaux d’aide spécialisée aux élèves en difficulté]… L’amélioration des rythmes scolaires ne permettra pas à elle seule à réduire les inégalités scolaires. On ne veut pas être pris pour des ânes.
Comment cette question est-elle perçue chez les enseignants ?
Le Snuipp FSU a élaboré avec Louis Harris interactive un questionnaire distribué dans les écoles à 250000 exemplaires. Cette enquête portait sur les missions de l’école, la vision du métier, les rythmes… Nous avons reçu 24000 réponses qui ont été traitées par l’institut de sondage. Les résultats confirment que la profession est partagée sur les rythmes scolaires. Si cette question fait débat, c’est notamment parce qu’elle renvoie les enseignants à leur vie personnelle. Les attentes ne sont pas les mêmes s’ils ont ou non des enfants, s’ils sont vieux ou jeunes. Certains préfèrent avoir moins de vacances et des semaines de 4 jours, d’autres finir leur journée plus tôt, d’autres encore sont satisfaits de l’organisation actuelle. Les réponses varient aussi en fonction de la vision pédagogique qu’ils défendent. Faut-il 30 heures de cours par semaine comme autrefois ou 20 heures suffisent-elles ? Vu que la question des rythmes divise la profession, il est nécessaire de prendre le temps de débattre pour construire un projet qui convienne à tout le monde. On est en colère contre la méthode de Vincent Peillon. Certes, le ministère a mis en place une concertation avec les syndicats cet été, ce qui est une bonne chose, mais nous avons eu la parole trois minutes ! Tout se passe comme si l’avis de l’association des maires de montagne comptait autant que le nôtre… Sur France Inter, Bertrand Delanoë a annoncé qu’il souhaitait mettre cette réforme en place dès 2013, précisant qu’il lui manquait juste un peu d’argent. À ses yeux, les syndicats parisiens sont conservateurs. Mais pour que l’école change, c’est notre but, il faut travailler avec les enseignants et non pas contre eux. Nous sommes les experts, le ministre doit nous entendre.
Que demandez-vous ?
Nous ne sommes pas pour le statu quo. Tout doit être mis sur la table, des conditions de travail et d’emploi des enseignants aux conditions d’apprentissage des élèves. Deux aspects qu’il faut cesser d’opposer. S’il n’y a rien de honteux à demander des augmentations de salaires, la réforme doit aussi permettre à l’école de contrecarrer les inégalités sociales et de genre. Prenons donc le pari d’un débat public qui rassemble l’ensemble de la communauté éducative : non seulement les enseignants, mais aussi les parents, les citoyens, les collectivités territoriales… Et nous verrons alors qui est le plus progressif et le plus ambitieux. Nous en appelons à une vraie rupture. L’idée n’est pas de revenir à une situation antérieure à l’arrivée de la droite au pouvoir. Plutôt qu’un processus a minima, nous demandons des Etats-généraux pour l’école. Le temps du quinquennat n’est pas le nôtre. Si cette réforme doit prendre deux ans, où est le problème ?


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