François Hollande entame aujourd’hui une visite d’Etat de deux jours en Algérie alors que s’achève l’année du cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie. L’occasion pour le président français de faire preuve d’un peu de courage politique.
«En des termes simples et clairs, dites que vous reconnaissez les crimes coloniaux commis par la France ; il n’est pas de présent plus précieux, ni de plus attendu.» La suggestion de l’universitaire Olivier Le Cour Grandmaison (dans un texte publié sur Mediapart hier mardi 18 décembre) va-t-elle être entendue par François Hollande? On devrait être fixé demain au plus tard puisque la visite du président français prévoit jeudi deux allocutions, l’une devant les deux chambres réunies du Parlement algérien à Alger et l’autre à l’Université de Tlemcen dans l’après-midi. Le «grand discours» attendu par de «nombreux officiels algériens» selon le journaliste Akram Belkaïd sera-t-il prononcé et quelle en sera la teneur?
Certains y croient. Car, comparé à son prédécesseur à l’Elysée, qui n’a pas laissé un très bon souvenir en Algérie, François Hollande s’est avancé sur le terrain de la relation franco-algérienne en y posant des jalons plutôt encourageant. Le 17 octobre dernier, l’Elysée pondait ainsi un communiqué remarqué: «Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tué lors d’une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rend hommage à la mémoire des victimes.» Considéré comme un acte politique fort par les socialistes, ce communiqué est en fait tout plein de cette finesse politique très peu téméraire, voire un peu trouillarde, qui caractérise le président français: le cap indiqué est intéressant («La République reconnaît…») mais les choses ne sont pas nommées. Qui a ordonné cette «sanglante répression» et qui l’a exécuté? Quels faits au juste reconnaît la République? En l’absence de réponse claire, le 30 octobre suivant, le ministre algérien des Moudjahidines (anciens combattants), Mohamed Cherif Abbas a eu beau jeu de rappeler que les Algériens souhaitent « une reconnaissance franche des crimes perpétrés à leur encontre par le colonialisme français ». Une requête, elle, très claire.
Lundi, à deux jours du voyage, une autre annonce a été faite: la veuve de Maurice Audin, ce militant communiste anticolonialiste disparu en 1957 après avoir été arrêté par l’armée française à Alger où il était professeur de mathématiques, a fait savoir que lui seront bientôt remis par le ministère de la défense «des archives et documents (…) relatifs à la disparition de [son] mari», suite à une demande du président français. Encore un pas dans la bonne direction mais dont l’importance est surtout symbolique comme le rappelle l’historienne Raphaëlle Branche.
Sur ce dossier de la reconnaissance des crimes commis par la France en Algérie durant la période coloniale, le tableau est ambivalent: les interventions de François Hollande restent en deça des attentes et ne sont pas à la hauteur des enjeux historique, politique et mémoriel. Pour autant, elles constituent un saut qualitatif incontestable par rapport à ses prédécesseurs, dont aucun par exemple n’avait encore été si loin concernant le 17 octobre 1961.
Ce qui suffit amplement à tout ce que la France compte de droite décomplexée et de «Nostalgériens» rances pour brandir l’étendard de l’honneur de la patrie. Cf. le récent bras d’honneur mal maîtrisé de Gérard Longuet. Instrumentalisant sans retenue un sujet qui reste sensible des deux cotés de la Méditerranée, tous s’indignent de la « repentance » française à venir alors même que l’Algérie officielle se défend d’avoir employé ce terme et parle bien, elle, de «reconnaissance».
François Hollande accorde semble-t-il une grande importance à cette visite en Algérie. Depuis son accession à l’Elysée, cinq ministres se sont succédés à Alger [[Laurent Fabius, Yamina Benguigui, Nicole Bricq, Manuel Valls et Arnaud Montebourg]] avec plus ou moins pour objectif de préparer la venue du président. Aujourd’hui et demain, plusieurs membres du gouvernement l’accompagnent, Laurent Fabius et Jean-Yves le Drian notamment. Renforcement des liens économiques (article à lire demain sur regards.fr), gestion de la situation au Sahel, remboursement de la dette algérienne à la sécurité sociale française, visas, etc. Les vrais sujets concrets de la relation franco-algérienne au XXIe siècle vont être sur la table. Une relation qui pour être sereine et équilibrée doit – enfin – solder les comptes de l’histoire coloniale. Cela passe par la reconnaissance par la France des crimes commis durant la période. C’est attendu à Alger, la balle est dans le camp du président français. Le moment ou jamais de montrer qu’il sait ne pas rester au milieu du gué et prendre des risques sur des positions… de gauche. Vivement le discours de Tlemcen.


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