Entretien
avec Benoît
Falaize,
ancien chercheur
à l’Institut
national
de recherche
pédagogique (INRP), qui
vient d’être nommé directeur
des ressources à la
Cité de l’histoire de l’immigration.
Regards.fr: Quelle place occupe le
17 octobre 1961 dans les
manuels scolaires ?
Benoît Falaize: Pour le moment, cela occupe
une place assez ténue. Selon
moi, c’est parce que la connaissance
historique sur le 17 octobre
1961 est très récente.
Il a fallu attendre la traduction
de l’ouvrage de Jim House et
Neil Mac Master aux éditions
Tallandier en 2008 pour que
l’on ait un ouvrage de référence
avec des données fiables, des
archives, etc. Jusqu’à présent
il n’y avait que des livres de
témoignages ou des livres militants
de la mémoire algérienne
des années 1960.
Regards.fr: Et pourquoi la recherche
scientifique a-t-elle pris
autant de temps ?
Benoît Falaize: C’est une question de sources,
et encore aujourd’hui les archives
sur la guerre d’Algérie
ont du mal à s’ouvrir. Les travaux
d’histoire se font ainsi petit
à petit, au rythme de l’ouverture
des archives, d’autant plus que
l’on touche là à la question de
la préfecture de Paris, dirigée à
l’époque par Maurice Papon. La
question du 17 octobre 1961
soulève en effet des sujets sensibles
: comment un préfet qui
avait déjà oeuvré, comme on le
sait, pendant la seconde guerre
mondiale, pouvait-il être à la
tête de la préfecture de Paris
au moment où l’on réprimait les
manifestations algériennes ?
On comprend facilement pourquoi
ces sujets dérangent car
ils posent la question de l’administration
française.
Regards.fr: Le 17 Octobre est-il selon
vous un sujet encore
tabou ?
Benoît Falaize: Je pense que ça l’est de moins
en moins, d’une part parce que
ça a été pris en charge très tôt
par les associations de l’immigration
et par tous les réseaux
militants de gauche. D’autre
part, paradoxalement, le procès
Papon a beaucoup aidé à
ce que ce ne soit plus un sujet
tabou. Enfin, il y a un désir dans
la communauté éducative, de
l’inspection générale aux professeurs,
de dépasser les enjeux
de mémoire et d’enseigner
enfin cette histoire dans toute
sa complexité.
Regards.fr: On dit pourtant que les
enseignants rencontrent
beaucoup de problèmes
à aborder ce sujet…
Benoît Falaize: C’est vrai que dans certains
établissements ça peut poser
des problèmes, notamment
entre enfants issus de familles
de Harkis et de familles FLN,
pour dire les choses un peu
schématiquement, sans que
les enfants sachent en réalité
grand-chose de l’histoire des
uns et des autres. Mais en
général, quand les cours sont
bien assurés et que les profs
connaissent leur sujet, cela se
passe bien car les élèves sont
ravis d’avoir un cours d’histoire
là-dessus. Mais cela suppose
que les enseignants aient une
formation et une maîtrise des
ouvrages récents sur la guerre
d’Algérie. Je constate que cela
avance et que ceux qui ont
entre 25 et 40 ans, ont un meilleur
accès à cette littérature.
Pour la génération précédente,
quand le thème était abordé,
c’était souvent du « bricolage »
personnel.




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