Juan Manuel Roca, le voleur de lointains

//« Car vous savez, ma douce Dame Ce pays est un chaos de rues et de blessures. (Lettre en route vers le Pays de Galles) « Habité par les rues de son pays, tel nous rencontrons le poète colombien Juan Manuel Roca, égrenant des « monologues du temps , « de la poussière ou de « la femme qui lave l’eau . Sorte de vanités, ses poèmes aux échos crépusculaires sont de petits bijoux taillés dans l’onyx noir de son expérience, « bouteilles à la mer qu’il lance de son naufrage solitaire. Personne, « le voleur de lointains , « le voyageur de soi-même , le « nomade de soi-même . Un lieu comme une « carte postale de nulle part investit son rêve, où « les couteaux n’ont pas/Envie de blessures/Ni faim de peau . Ce lieu est « ce que n’a jamais été [s]on pays . Mais peut-on oublier le « lieu à la langue sauvage , où il « aventure sa voix »// ? Chaque son, chaque lettre est imprégnée de son odeur empoisonnée.

Cette tension permanente entre enfer et paradis entraîne Roca parmi les grands damnés dont la sincérité de la révolte et du désespoir, la rage impuissante devant la mort, ont les accents sombres des romantiques : « Voleurs de nuits » dans tous les sens du syntagme :, et la résonance lucide des mythologies contemporaines, taillée dans une langue de feu. Julia Moldoveanu

Juan Manuel Roca , Voleur de nuit , traduit de l’espagnol (Colombie) par François-Michel Durazzo, éd. Myriam Solal, 14 euros

Paru dans Regards n° 65, octobre 2009

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