Irak : les femmes piégées par la violence

Amnesty International est préoccupée par le fait que, même si l’Irak retrouve rapidement davantage de stabilité et de paix, le niveau de violence contre les femmes risque de rester inchangé tant que les autorités laisseront les hommes tuer et mutiler des femmes en toute impunité, et tant que la ségrégation et la discrimination liées au genre continueront d’être ancrée dans la société.

Les femmes et les filles sont les plus touchées par la violence qui imprègne la société irakienne depuis quelques années. Nombre d’entre elles ont été prises pour cible par des groupes islamistes armés en raison de leur profession : femmes politiques, journalistes ou fonctionnaires :, de leur appartenance religieuse ou de leur origine ethnique. Les femmes issues de minorités sont particulièrement vulnérables aux attaques.

La majorité des femmes qui ont répondu à une enquête réalisée par le biais de réseaux d’organisations irakiennes de femmes, et publié par Women for Women International en 2008, a déclaré que la violence liée au genre était en augmentation. De nombreuses femmes se cloîtrent en raison des risques encourus quand elles sortent de chez elles.

Selon le responsable de la police de Bassora, le nombre de femmes tuées dans cette ville a fortement augmenté en 2007, et les homicides se poursuivent.

Très peu de femmes signalent les violences sexuelles commises à leur encontre. D’une part, elles craignent des représailles, et d’autre part que les faits dénoncés ne sont souvent pas pris en compte.

Même lorsque des poursuites sont engagées contre les responsables présumés, les juges ont tendance à prononcer des peines légères, même en cas d’homicide.

Néanmoins, les autorités du KRG (Gouvernement régional du Kurdistan) ont pris quelques mesures positives. La Loi 14 de 2002 a supprimé, dans le Code pénal, les dispositions liées aux « motifs honorables » pour les affaires de crimes contre des femmes.

Cependant, le droit irakien dans son ensemble doit être modifié de toute urgence afin de protéger totalement les femmes de la violence.

Malgré les nombreux obstacles, certaines revendications des femmes militant en faveur des droits humains ont pu être satisfaites, notamment l’attribution d’un quart des sièges de l’Assemblée nationale à des femmes et, au Kurdistan irakien, des modifications du Code pénal et du Code du statut personnel qui améliorent les droits des femmes.

Les modifications du Code du statut personnel adoptées au Kurdistan irakien en octobre 2008 comprenaient des restrictions de la polygamie, mais de nombreuses défenseures kurdes des droits humains appellent toujours à une interdiction totale de cette pratique car elles considèrent le maintien des lois discriminatoires sur la polygamie comme une capitulation au profit d’intérêts religieux.

En dehors du Kurdistan, en revanche, les défenseures des droits humains irakiennes craignent que les modifications du Code du statut personnel permises par la nouvelle Constitution ne sapent encore davantage les droits des femmes.

Les femmes qui ont pris l’initiative d’affronter la violence liée au genre et de promouvoir les droits des femmes sont elles-mêmes devenues des cibles. Des membres de groupes islamistes armés menacent, attaquent et tuent des femmes responsables politiques et défenseures des droits humains.

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