Naissance d’une citoyenneté israélienne

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Appel “Notre Jérusalem”, Prisonnières libérées Changement de mentalité chez les Israëliens, juifs comme arabes. Il conduit, à long terme, à faire d’Israël un pays comme les autres plutôt qu’un Etat pluriethnique.

La collision de deux hélicoptères militaires israéliens en route pour le Sud-Liban, dans la nuit du 4 au 5 février, avec son tragique bilan – la mort de 73 jeunes, a relancé en Israël la question de la pérennité de l’occupation du Liban. Le deuil national n’a pas empêché – fait nouveau – la polémique. D’un côté, l’argumentation du ” messianisme “, usée jusqu’à la corde, fondée sur la défense de la terre sacrée face à un adversaire éternel. De l’autre, des interrogations, des remises en cause de certitudes, des aspirations à ” vivre normalement, en paix “. Cette attitude se répand notamment dans de larges secteurs de la jeunesse, fatiguée des combats, lui paraissant surannés, de leurs aînés. Un mélange de rejet de ” la politique ” – d’autant plus que les scandales se multiplient dans les allées du pouvoir – qui prend parfois la forme d’une fuite dans l’extrémisme intégriste, mais surtout de rêve plus ou moins confus de vivre ” comme tout le monde “.

Israël serait-il en train de devenir un ” pays comme les autres ” ? Oui, si l’on considère le processus à long terme: si ce pays veut durer, il doit s’insérer dans sa région géographique, en même temps que dans le processus de mondialisation. A court et moyen terme, la réponse est, bien sûr, plus contradictoire et multiforme. Pour Issam Makhoul (1), intellectuel arabe israélien, c’est à la suite des accords d’Oslo – dont le fondement même est la reconnaissance mutuelle des droits de deux peuples sur une même terre – que ” l’idéologie d’Eretz Israël (la terre biblique d’Israël) a été brisée. Un fait, dit-il, qui a pris corps dans la conscience des gens “. On peut donc se demander pourquoi les Israéliens ont-ils voté en faveur de Benjamin Netanyahu ? Dans la période précédant les élections, le Likoud (parti de droite NDLR) se trouvait dans une situation difficile, ne sachant comment affronter la situation nouvelle issue des accords d’Oslo.

L’influence des accords d’Oslo

Pour Issam Makhoul: ” Soit la droite changeait de doctrine, soit elle se délitait. Le processus de paix, même s’il est insuffisant, soumis à la précarité des aléas politiques, a l’avantage d’ouvrir une alternative à l’opinion publique. L’influence, dans les esprits, des accords d’Oslo est plus forte que tout ce que pourrait tenter, ou faire, Netanyahu pour les détruire.” A cela s’ajoute le fait qu’” Israël se trouvait dans un état d’isolement par rapport au reste du monde. Une partie de l’opinion, notamment les jeunes, pensait que cela venait du fait que le monde était mauvais. On les avait éduqués dans cette idée. Ce n’était pas seulement un argument de la droite, mais aussi des travaillistes qui ont contribué à la fabrication de cette idéologie.” Depuis l’ouverture des négociations israélo-palestiniennes, il y a quatre ans à Madrid, les Israéliens se sont rendu compte que cela n’était pas définitif. Et il est, du coup, aujourd’hui bien plus facile de montrer aux gens que la politique de Netanyahu – élu parce qu’il promettait la paix, la ” sécurité ” en plus – est dangereuse lorsqu’il développe les colonisations.

A l’écoute de ce que les partisans d’une paix juste disent

Pour notre interlocuteur ” cela peut à nouveau conduire Israël à l’isolement. Et nous avons beaucoup à perdre. Dans le même temps, à cause du processus de paix, les gens sont à l’écoute de ce que nous, les partisans d’une paix juste, disons. C’est pourquoi, il est encore plus important qu’une pression internationale s’exerce sur Israël. Il est important pour eux de savoir ce que l’Europe dit, même s’ils font mine de ne pas l’entendre; ce que déclare Clinton, même s’ils estiment que Clinton n’ira pas très loin “. Un autre signe, essentiel, du processus de mutation dans lequel les mentalités sont en train de s’engager, vaille que vaille, se situe dans les réflexions actuelles qui se font jour parmi les quelque 700 000 Arabes israéliens. Pour Issam Makhoul, la lente, tumultueuse et difficile gestation d’un Etat palestinien pouvant apparaître dans un futur proche, a, en quelque sorte, clarifié et rendue plus sereine l’attitude de cette catégorie de la population israélienne face à son propre Etat. La tendance au ” nationalisme arabe ” est en perte de vitesse, comme celle de la revendication d’une ” assimilation ” ou d’un statut de ” minorité nationale ” au sein d’un Etat ” multi-ethnique “.

En revanche, l’aspiration à la citoyenneté – avec tout ce que cela comporte sur le plan des droits, de la reconnaissance de l’identité, donc de la différence de chaque individu par rapport à l’autre – devient aujourd’hui un terrain de lutte essentiel. Cette exigence rejoint ainsi celle formulée plus ou moins clairement par la partie juive de la population aspirant à la banalisation du pays. Ce processus multiforme se trouve confronté, aussi, à la montée de l’intégrisme juif dont la frange extrême n’hésite plus à plonger dans le terrorisme, même antijuif. Ce qu’Issam Makhoul considère comme un danger réel, pour la paix comme pour Israël. Il souligne qu’il s’agit d’un pays neuf, âgé à peine de cinquante ans.” Une nation qui n’a pas encore réellement émergé dans sa plénitude, d’autant plus fragilisée que la dévalorisation, par la réalité, de l’idéologie d’Eretz Israël, contraint à rechercher d’autres terreaux où plonger ses jeunes racines.”

Dans le même temps, la composante arabe de cette entité – la seule qui puisse affirmer concrètement des racines ancestrales dans cette terre – a été historiquement niée. Paradoxalement, il y a là une formidable opportunité pour l’avenir: l’obligation pour tous les habitants d’Israël d’affirmer leur citoyenneté. L’affirmation de leur droit égal à construire en quelque sorte les formes et les couleurs d’une identité nationale réduite jusqu’à présent à deux dimensions: le ” nous “, Juifs, qui seraient bons par nature et contre le monde entier, et le méchant, ” l’autre “.

1. Issam Makhoul, Israélien d’origine arabe, membre du Bureau politique du Parti communiste israélien, vit à Haïfa, une ville ” mixte “.

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