Si l’on en croit les sondages, la radiographie avant les européennes est paradoxale : l’UMP arriverait en tête, malgré la contestation de sa politique. Suivi du PS et du Modem talonné par Europe Ecologie. La gauche de gauche parviendra-t-elle à percer le 7 juin en dépit de ses divisions?
Le 7 juin, les urnes seront ouvertes pour l’élection des parlementaires européens. A ce jour, la campagne se fait pour le moins discrète… Une abstention massive se profile, concernant potentiellement la moitié des votants. Alors que la campagne référendaire de 2005 sur le traité constitutionnel avait passionné et mobilisé l’électorat, tout semble fonctionner aujourd’hui comme si la crise économique et les mobilisations sociales qui occupent le terrain politique n’étaient pas, aux yeux du plus grand nombre, reliées à l’échéance européenne. Tandis que la contestation de la politique de Nicolas Sarkozy se fait grandissante, l’UMP arrive même en tête dans les sondages à un mois et demi du scrutin ! Il serait franchement préoccupant que cette avance se confirme le 7 juin. Face à lui, le Parti socialiste pâtit sans doute de ses difficultés à opposer véritablement une autre logique politique à celle du gouvernement mais sa cogestion avec la droite de l’Union européenne contribue également à le mettre en difficulté : rendant parfois bien difficile la lisibilité de deux orientations clairement identifiables entre les listes de droite et social-démocrates pour gouverner l’Europe… Les socialistes risquent de payer électoralement leur incapacité à désigner en leur sein un candidat alternatif à José Manuel Barroso pour prendre la tête de la Commission européenne.
RISQUE DE RECENTRAGE
Aussi étonnant sinon consternant que cela puisse paraître, c’est le Modem qui semble : à ce stade : le premier à tirer profit des difficultés du PS. François Bayrou se veut champion de l’opposition à Sarkozy et en récolte des fruits, selon les enquêtes d’opinion qui placent le Modem en troisième position des intentions de vote, aux alentours de 12 %. Son projet politique ouvertement néolibéral ne risque pourtant pas d’apporter la moindre réponse positive à la crise du capitalisme. Si elle est plus en phase avec les mobilisations sociales et plus juste dans ses critiques face aux crises que nous traversons, la gauche radicale reste à la traîne. Mais si l’on additionne les intentions de vote des différentes listes de la gauche antilibérale : NPA, Front de gauche, LO :, le score atteint rivalise avec celui du Modem. Comme ses listes sont divisées, l’impact politique n’est évidemment pas le même : la gauche radicale n’apparaît pas, à ce jour, comme la troisième force du pays. Les commentateurs placent même le rassemblement écologique, autour de Daniel Cohn-Bendit et avec José Bové, comme potentiel rival du Modem pour occuper cette troisième place.
RIEN N’EST JOUÉ
C’est dire combien le risque de recentrage est préoccupant : sans affirmation d’un pôle alternatif radical, le trio PS-Modem-Verts pourrait donner à l’opposition une tonalité dominante de renoncement, perpétuant la triste logique de l’alternance. La gauche de gauche aura-t-elle, une fois de plus, raté le coche? Ses divisions l’empêcheront-elles d’élire un nombre significatif de députés au Parlement européen? Rien n’est encore joué. Et tout pousse à espérer que la campagne se déployant, les voix d’une gauche digne de ce nom arrivent non seulement à percer davantage dans le débat public mais aussi à marquer des points électoralement.
C.A.
Paru dans Regards , n°62, mai-juin 2009
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