Moussa Sroor : « La négociation avec Israël est vaine »

Vous résidez à Nil’in, un village de Cisjordanie traversé par le mur où, comme à Bil’in, la population manifeste chaque semaine contre l’occupation.

Moussa Sroor. A chaque période, ses moyens de lutte… Il faut se souvenir que la première Intifada, en 1987, était sans armes. Aujourd’hui, c’est encore le cas en Cisjordanie, contrôlée par l’armée israélienne mais aussi par la police de l’Autorité nationale palestinienne (ANP): il n’y a plus d’armes qui circulent sur ce territoire, ou alors très peu. De fait, ces manifestations de Nil’in, de Bil’in ou d’autres villages sont civiles et se déroulent avec simplement des drapeaux et des pierres. Face à des militaires israéliens qui, eux, n’hésitent pas à employer leur arsenal: le second jour de l’agression israélienne à Gaza, le 28 décembre, lors d’une manifestation de solidarité, l’armée israélienne a tué deux jeunes étudiants de 20 et 22 ans à Nil’in. Pourtant, durant toute la guerre de Gaza, les manifestations de soutien aux Gazaouis ont été rares en Cisjordanie. Cela est dû à la fois à la difficulté de s’y déplacer, rassembler et organiser et à l’interdiction faite par l’ANP de manifester ce soutien. Une option qui n’a guère plu mais la population a choisi de s’y plier afin de ne pas envenimer la situation intérieure.

Les options stratégiques face à l’occupation israélienne adoptées par le Fatah et le Hamas font-elle encore débat au sein de la société palestinienne?

M.S. Une grande partie de la population soutient la résistance armée et considère que la négociation avec Israël est vaine. Cela fait trop longtemps que nous sommes dans ce processus de paix qui n’a absolument rien donné. La colonisation continue, le mur se construit… Et le résultat des élections israéliennes du 10 février n’est pas de nature à redonner confiance. Beaucoup pensent qu’il ne faut pas abandonner les armes car elles sont, à terme, le seul moyen d’obtenir ce que nous voulons. Sans résistance armée, nous risquons de tout perdre. De ce point de vue, ce qui s’est passé dans la bande de Gaza en janvier peut être considéré comme une quasi «victoire» du Hamas, malgré le nombre important de victimes civiles. Ils sont restés, ils n’ont pas été détruits par l’agression israélienne. S’il y avait des élections aujourd’hui en Cisjordanie, il est probable que le Hamas les remporterait. Mais la population aspire surtout à ce que le Fatah et le Hamas négocient et reconstituent un gouvernement d’unité nationale au plus vite.

La question du boycott d’Israël est débattue de longue date au sein du mouvement de solidarité internationale avec la Palestine. Quelle est votre position sur ce sujet?

M.S. Nous-mêmes ne pouvons pas, ou très difficilement, boycotter Israël: il faudrait se passer d’eau et d’électricité ! Mais nous sommes, bien entendu, favorables au boycott d’Israël par l’ensemble des pays étrangers. Et pas seulement des produits fabriqués dans les colonies mais de tout ce qui vient d’Israël.

Propos recueillis par E.R.

Parus dans Regards N°60, mars 2009

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