Plus de quinze ans après les accords d’Oslo, les options stratégiques adoptées par les principales organisations palestiniennes n’ont pas payé. Quelques villages de Cisjordanie ont choisi des modes de résistance non violents. Une voie à suivre à plus grande échelle?
Les participants à la quatrième conférence sur la résistance populaire qui doit se tenir à Bil’in, Cisjordanie, en avril prochain, devraient avoir du grain à moudre… Le 10 février, c’est une droite opposée à toute reconnaissance des droits nationaux du peuple palestinien qui a remporté les élections législatives en Israël. Cela trois semaines après la fin d’une guerre où a été franchi un cap significatif dans l’usage de la violence militaire et sur une scène internationale dont les puissants continuent, jusqu’à ce jour, d’apporter leur soutien à Tel-Aviv (cf. dernier numéro de Regards). Ce très sombre début d’année va-t-il conduire les organisations palestiniennes à repenser leur stratégie de résistance? Rien ne semble pour l’heure l’indiquer même si se dessine la perspective, dans les semaines à venir, d’un retour à l’unité nationale, entre le Hamas et le Fatah. Ce qui répondrait à une forte aspiration populaire (lire encadré) et constituerait une défaite pour Israël qui a beaucoup œuvré pour favoriser cette division interne.
DIVISION INTERNE
Une division née du refus de la communauté internationale et d’Israël d’entretenir des relations avec un Hamas pourtant démocratiquement élu force principale du Conseil législatif en janvier 2006. La crise qui en découle aboutit, à l’été 2007, à la prise du pouvoir du Hamas sur la bande de Gaza. Offrant une incarnation territoriale aux options stratégiques, très différentes, des deux principales formations politiques palestiniennes.
En Cisjordanie, le Fatah, désormais seul patron de l’Autorité nationale palestinienne (ANP), persiste à négocier avec Israël. Ce qui reste de résistance armée est pourchassé et réprimé par la police de l’ANP et Mahmoud Abbas rate peu d’occasions de s’asseoir à la table des dirigeants israéliens avec la volonté affichée de «relancer le processus de paix» . Le sommet d’Annapolis, en novembre 2007, est le point culminant de cette approche. Très médiatisé, il n’accouchera pourtant de rien de concret, même pas d’un semblant de dynamique nouvelle.
A Gaza, maître d’un territoire évacué en août 2005 mais soumis à un blocus étouffant, le Hamas fait, lui, le choix du maintien de la lutte armée. Qui se traduit essentiellement par des tirs de roquettes sur des villes israéliennes situées dans un rayon d’une quarantaine de kilomètres autour du territoire. La trêve signée le 19 juin 2008 et non reconduite six mois plus tard sera suivie de l’opération Plomb durci, menée du 27 décembre au 17 janvier dernier avec le bilan que l’on connaît.
NÉGOCIATION OU VIOLENCE?
Si l’on considère l’objectif poursuivi par l’ensemble des Palestiniens, l’établissement d’un Etat souverain sur l’ensemble des territoires de Cisjordanie et de la bande de Gaza, avec Jérusalem-Est pour capitale, tout en garantissant le droit au retour des réfugiés de 1948 (le droit au retour et non le retour lui-même), le bilan est désastreux: en Cisjordanie, la colonisation ne cesse de miter le territoire, le mur d’en grignoter la frontière occidentale, et Jérusalem de se vider de ses habitants non -juifs. A Gaza, les roquettes hasardeuses et souvent inoffensives du Hamas fournissent à l’armée israélienne des arguments inespérés pour justifier blocus et massacres.
Dans les deux cas, négociation ou violence, c’est l’impasse. «C’est à lui [le peuple palestinien] de choisir les formes de sa lutte et de sa résistance» , rappelle Gus Massiah (1). Mais tout en s’inscrivant pleinement dans ce principe, d’autres invitent à une réflexion sur la non-violence: «Il ne s’agit pas de renoncer au droit à la violence mais de renoncer à l’exercice de ce droit. Au nom du réalisme politique» , écrivait ainsi Jean-Marie Muller il y a tout juste un an (2). «Nos Ghandi sont soit en prison, soit en exil, soit enterrés. Nous ne sommes pas non plus des centaines de millions» , rétorque Samah Jabr, médecin psychiatre palestinienne (3). Mubarak L. Awad, Américano-Palestinien, auteur en 1984 d’un texte de référence (4) et considéré comme le père de la non-violence palestinienne a été prolixe dans les années 1980 au moment de la première Intifada. Il vit désormais aux Etats-Unis.
De fait, à ce jour, c’est à petite échelle, dans des villages de Cisjordanie traversés par le mur de séparation, que s’observent des formes de résistance non violente. Sans leader charismatique mais pas sans idées: manifestations, marches, boycott, appel à la solidarité internationale, travail conjoint avec les organisations israéliennes… autant de pratiques de résistance qui seront au cœur des débats de Bil’in en avril prochain. E.R.
Parus dans Regards N°60, mars 2009
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