//«La plupart manifestent et sont en grève pour la première fois»//, confie en toute franchise Lydie Bortot, élue CGT et secrétaire adjointe du comité d’entreprise de Nyse-Euronext, premier groupe mondial de la gestion des places boursières. Dès 10 heures, le 29 janvier, à l’appel d’une intersyndicale « bourse de paris », une cinquantaine de salariés de la multinationale étaient rassemblés devant le siège parisien de leur employeur, avant de rejoindre la grande manifestation interprofessionnelle de l’après-midi. Le secteur est a priori peu enclin à ce type de mobilisation. Mais ils l’ont appris en octobre 2008 : un plan de restructuration opérera très prochainement une saignée d’un tiers des effectifs.
Un premier plan de départ volontaire a été imposé en septembre 2008 par les bureaux new-yorkais de la direction générale. Et «alors que les chiffres d’affaire sont excellents, l’annonce de la suppression de 100 postes sur les 350 est tombée brutalement un mois plus tard» , précise Lydie Bortot. La société qui gère la bourse de Paris n’aurait donc plus besoin d’une partie de ses personnels, dont 85 % de cadres et ingénieurs, pour gérer les flux et les transactions, pour démarcher les entreprises, leur permettre d’être cotées… Le problème est que Nyse-Euronext est elle-même cotée en bourse. Et que la crise est passée par là. Selon Pascal Steyer, délégué CGT, « les dirigeants profitent de la crise et de l’hypothétique baisse d’activité boursière pour réduire les effectifs et faire plaisir aux actionnaires » . « Depuis 2007, Euronext a fusionné avec l’entreprise de gestion boursière américaine Nyse, augmentant les pressions et les ratios de rentabilité » , renchérit Lydie Bortot. Crée en 2000, Euronext était une place de marchés issue de la fusion des principales bourses européennes. La fusion avec Nyse groupe a ensuite constitué la plus grande plateforme boursière au monde, qui assure des capitalisations boursières de plus de 15 000 milliards d’euros.
Pour l’ensemble des personnels, la colère se mélange à l’incompréhension. Pascal Schteyer regrette notamment que «l’entreprise se coupe de ses forces vives, alors que plein de projets économiques se profilent, comme la plateforme mondiale unifiée de gestion boursière» . « Il n’y a aucune logique industrielle ni patriotisme économique dans tout ça, la stratégie unique est celle du tiroir-caisse et d’opérer un rééquilibrage vers la City, à Londres « , poursuit-il. Le projet du groupe semble en effet s’orienter vers une concentration des activités sur New York Londres, au détriment d’autres pôles boursiers comme Paris, qui ne deviendrait plus qu’une « petite place régionale » selon le délégué syndical. « L’intersyndicale tente d’interpeller le Premier Ministre et la Ministre de l’Economie pour qu’ils fassent pression sur Nyse-Euronext » , explique Pascal Schteyer. Au nom de la sauvegarde des emplois, mais aussi d « une plateforme boursière parisienne puissante et régulée » . Elle s’appuie pour cela sur le rapport de l’expert-comptable du comité d’entreprise qui atteste d’un chiffre d’affaires excellent en 2008. Sans oublier que l’absence de gestion prévisionnelle de la société pour éviter les licenciements représente un argument juridique. Pas sûr que cela suffise face à la puissance du groupe.
« Nous nous battrons pour sauver le plus d’emplois possible et pour que les personnes licenciées puissent suivre des formations » , assure tout de même Lydie Bortot. La logique exclusive de la rentabilité immédiate, à l’œuvre dans le système boursier, et plus encore dans ce contexte de crise, n’épargne décidément presque personne. Pour parachever le tableau, il faut ajouter que les dirigeants de Nyse-Euronext ont prévu de cibler les licenciements « majoritairement vers les employés de plus de 50 ans » , dénonce Lydie Bortot. Lesquels auront bien du mal à retrouver un travail. Parmi les personnes mobilisées, on compte également des représentants du service informatique, externalisé en 2001 par Euronext, dont les employés seront sans doute les prochaines victimes de la restructuration en 2010. Loin d’attendre passivement ces échéances douloureuses, les salariés du groupe mondial, habituellement discrets dans ce milieu plutôt secret, sont déterminés à se faire entendre.
S.L.
Laisser un commentaire