un lampyre sur le front/ Radovan Pavlovski

Radovan Pavlovski est un poète macédonien. Né à Nis, en Yougoslavie, en 1937. La publication de son premier volume de poésie, Sécheresse, noces et migrations , en 1961, fut un événement dans son pays.
Le fils du soleil peut être regardé comme une épopée. L’épopée, une façon de vivre ensemble, « nous donne un nom » . Cela disant, le poète s’attaque à l’utopie Alexandre le Grand. Qui créa un empire macédonien, le plus vaste que la Terre ait connu, et mourut à 33 ans à Babylone. C’est la multiplicité nomade d’un monde que Radovan Pavlovski sublime en touches pointillistes, l’érudition n’étant pas sa moindre qualité…

Si la verve épique risque de le placer en posture de « barde national », l’action réparatrice vient de sa façon de bouger dans cet air chargé de poussière d’histoire et voix d’ancêtres. Elle vient aussi de cette interrogation sans cesse animée par le « cavalier du son » qu’il est : //« Quel pays est le tien,

poète ? Comment se vivre dans la « collectivité , « la multiplicité dont nous sommes issus ? Il répond avec une écriture où le narratif se laisse déborder par la jouissance d’un Je médium qui transcrit les voix comme en transe : « Ma main est une épée./ Mon corps, une bataille./ Mon âme, un étendard. ; qui déboîte cette existence télescopique d’ « hommes enfouis en chaque homme quand il ne se fait pas moine contemplatif : « Mais comme des épices tendres/nous restons seuls partout/à cause de l’austérité du monde/cadenassés dans l’âme de la parole »// ; ou quand il ne poursuit pas un
« lampyre » à la sonorité bizarre : « avec ce lampyre sur le front/je pourrais atteindre le soleil/et voir à travers les lumières/le ver luisant de mon enfance » .
« A tout moment je joue à ce jeu/depuis mon enfance./ Et parfois je joue ce jeu dans le jeu. » C’est peut-être le point de départ pour sa construction en anamorphose d’un passé infini.

Radovan Pavlovski , le Fils du soleil , traduit du macédonien par Ankika Josifovska Angelkovska et Peter Andonovski, choix, transposition et préface de Jean Laugier, Esprit des péninsules, coll. Balkaniques, 17 euros

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