Printemps de la poésie… D’un élan pareil à celui prêté à la promotion des femmes, toute la société est prête à sacrifier du temps : veut-on dire de l’argent? : pour s’adonner au genre. Au point que des ministres font des déclarations primesautières ou sortent, pudiques, leur volume ; c’est la poésie qui fait l’homme… L’Homme, fait de poésie autant que de chair. Enfin, le corps poétique sort de sa discrétion.
Que dire de plus ce mois-ci, sans devenir festif ? Comme d’habitude, ouvrir un nouveau livre, Il pleut des poèmes , pour vous faire part de l’émerveillement qu’il peut encore éveiller, état ultime du bonheur. Est-ce un livre pour enfants ? Un album fait de diagonales de mots où aphorismes, haïkus, maximes diluent des aquarelles : des gouttes de signes très divers réunis par la fulgurance, la brièveté, le goût de l’éphémère qui touche à la substance de la vie. L’humour suit le trait du dessin et dédramatise ce fou passage du Poète sur terre le temps d’un orage. «Mettre un peu le cheval/dans le ciel/ et l’oiseau au boulot.» (Paul Vincensini)
«Les mouches sont les seuls animaux/ qui lisent le journal» (Ramon Gomez de la Serna).
Et J.M.G. Le Clézio : «Quatre pattes sur quatre pattes,/ Quatre pattes s’en vont, quatre pattes restent ?/ – Un chien sur une chaise» . Prévert est convoqué : «Louis XIV fuyait les miroirs,/ tant il craignait l’insolation» ; Giuseppe Ungaretti aussi : «Matin/ Je m’éblouis/ d’infini» . Et, quand la chute tourne au déluge : « La science allonge la vie./ Mais comment raccourcir la mort ? » (Roberto Juarroz).
Vous l’aurez compris, cette ondée lave les esprits boudeurs et laisse des sédiments heureux dans la tête des enfants… « Aucune pluie/ Ne s’évapore/Sans livrer/ Un pommier.» (Gérard Le Gouic). Et en lisant la Table des poèmes, on retrouve tous les titres qui ont suscité cette pluvieuse anthologie, prêts à être lus.
Il pleut des poèmes, Anthologie de poèmes minuscules , réunis par Jean-Marie Henry**, images de **Zaü ,
Rue du monde, La Poésie, 14,5, euros
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