espoir ? peut-être / Fabio Pusterla

//« La traduction poétique est parente de la contrebande et du jardinage. »//

Ainsi Fabio Pusterla, poète de langue italienne, achemine-t-il sa poésie dans la postface de ce livre en édition bilingue : Deux Rives , traduit par Béatrice de Jurquet et Philippe Jaccottet ; saura-t-il, le texte du poète, résister et survivre à la « transplantation » ? Et de nous raconter, après, l’aventure d’un poème de Eugenio Montale, poète italien, traduit en arabe par un traducteur sûr, puis, privé des indications concernant le nom de l’auteur, de l’arabe en français, du français en polonais, en bulgare, russe, espagnol et enfin de nouveau de l’espagnol en italien. Méconnaissable. Cette histoire nous dissuadera-t-elle de lire la poésie étrangère ? Pas pour ce volume, qui nous mène si près de sa source. Quand la musique diffère, le ton reste, ainsi que le cœur d’une syntaxe profonde. Une poésie qui plante dans le réel les racines d’un être-poète dont la voix s’allume d’un rien et devient feu : « Qui sait ce dont rêvait Anna Brichtova,/et à quoi tu rêves, toi, et comment vous, enfants, voyez/le monde. Est-ce que vous trouverez/parmi vos jeux, le jeu qui nous sauvera?/tous nous l’espérons/vous regardant dormir. »

Il reste des coins d’ombre arrimés à ce réel qui devient alors « l’univers du poète ». Fait d’exceptions, de ses chemins sur le sable, mystérieux, des sédiments de rencontres, comme cette « robe rouge » qui « flotte/sur un fil. Par terre/des balles de plastique, des pots pleins de sable./ Un mur de planches/plus loin ferme le ciel. » («La Fugitive »). De ses expéditions entre jour et nuit, entre deux rives, la trame d’une construction poétique subtile, entre latence de la parole et fulgurance d’une image laissée à la dérive. Une filière s’ouvre devant nous sur ces chemins de contrebande : « Espoir ? Peut-être,/ s’il reste du temps, de la force ; et surtout/la patience d’écouter chaque voix. »

Fabio Pusterla ,
Deux rives , traduit de l’italien par Béatrice de Jurquet et Philippe Jaccottet, Cheyne,

D’une voix l’autre, 18 euros

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