Ansaf Ouazzani/ Brisures

//«Je me suis cherchée/Trouvée/Perdue . C’est par cet aveu que Ansaf Ouazzani entre en poésie. Quel courage que de dépasser ce « tout-a-été-dit », ce coupe-appétit de l’écriture qui n’ose plus être elle-même… La poésie d’Ansaf Ouazzani est sa façon d’être au monde : frêle comme un roseau, fille du soleil errant dans la cité des brumes, les pieds dans le sable chaud et la tête dans la froideur des étoiles. « Le cerveau libre/Enfin,/ Je vomis ma révolte/Sur les fossoyeurs de vie/Et récupère mon essence . Libre de « porter toujours un poème qui lui « fait mal . Sa « femmitude »// déroule sa traîne dans la

« ligne claire » du poème, dans des zones d’un classicisme harmonieux où le mot reste le seul appui solide pour abriter l’absence. Le nœud de sa poésie reste, malgré les « brisures » , « les fracas et les cris » , l’attente : dans les cadences torrides de ses répétitions, dans l’escalade de la parole vers la tourmente, le monologue théâtral et les tournures sommeillantes de ses insomnies, on voudrait trouver la latence de la phrase qui amène le mystère du non-dit. Mais la crise est directe, le mot la prend à son compte, « Des mots se sont bousculés/Eclaboussures révoltées/dans la lumière blanche » . L’écriture se fait dans l’urgence. Furieuse ou tendre. « Je me languis de toi/Mon soleil de minuit » , l’entend-on dire, comme une lointaine cousine, Christine de Pisan, se lamentait dans ses « ballades de veuvage ». La rage emprunte souvent au masculin les valeurs du mal-mâle, « mon poignard a chuchoté…/Femme…/ Et le barreau est mâle… » .

On n’a pas prononcé jusqu’ici le mot « exil », car ce serait un pléonasme : chez Ansaf Ouazzani, il secrète le poème comme le sommeil secrète le rêve. « Mon histoire s’endort/J’ai mal à ma chair, J’hémorragise,/Je perd ma terre gorgée de sang qui déferle » . Ou encore « Ancêtres en quête d’avenir/Le temps a perdu votre odeur/Et j’ai perdu la lumière.» Ce qui surprend, c’est le peu de recours à une

« boîte à outils » faite d’une symbolique de tradition féministe orientale. Elle vit, singulière dans le sens le plus direct du terme, cet élan vers l’autre qui lui refuse l’accueil. Et cette jeune femme prend alors cent ans de plus, cent ans de solitude… Elle ignore donc que, pour nous, la rencontrer sur les chemins ouverts de la poésie, c’est une joie ?

Ansaf Ouazzani ,
Fragments d’errance , éd. Le Carbet, Maison de l’Outre-Mer, 12euros,

30, av. du 8 mai 1945, 95200 Sarcelles

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