Cet été embrase encore de sa chaleur ces deux recueils et révèle leur fragrance entière : une fois le Verbe dévoilé, on peut sentir Salima Aït-Mohamed, « la sultane voyageuse » , rêver D’Alger et d’amour.
De l’ombre des biographies très différentes qui animent ces deux volumes nous regarde cette histoire commune vécue autour de la Méditerranée : « le sourire naufragé/ de la baie d’Alger » qui hante la poésie de Salima Aït-Mohamet, « la pluie occupée » dans la Jaffa de Siham Daoud, « la forêt de vent, remuant des poussières » nommée Zohra Al-Manssouri.
Ce n’est pas une unité d’écriture que nous voulons trouver en réunissant ces deux volumes. D’ailleurs, Abdul Kader El Janabi, qui dirigea la petite anthologie, ne cherche pas de critères d’unité si ce n’est l’abandon de la métrique et l’écart de l’usage du langage masculin, qui séparent ces nouvelles poétesses de leurs aînées des années 50. Une liberté qui trouve dans la langue un appui ou l’inverse, une liberté qui jaillit d’une langue nouvelle, délivrée du carcan classique ? « J’ai tellement voyagé/ en femelle/ grosse d’un fleuve agité/ Que l’herbe a poussé/ Et que ma rose a éclos en automne. » (Amel Moussa, « Rose d’automne ») ; « Sur le lit des histoires/ je me balance, je me déhanche/ De mes doigts je touche le ciel,/et creuse des vallées dans la sécheresse de l’âme. » (Salva Al-Neimi, « Poème virtuel ») : la parole creuse dans l’intime ses sillons qui nous mènent au cœur d’un vieux scandale de ce monde : l’insoumission, la révolte, l’abandon des candeurs, la violence de la certitude d’exister en tant que femme. Une sorte de contre-attaque revigorante, la surprise aidant. Mais cette façon aussi de regarder le monde comme une chatte regarde ses petits : tendre, intelligente, souveraine, mystérieuse, toujours aux aguets…
Porté par la beauté de la calligraphie arabe dans l’édition bilingue de l’anthologie, enluminé par Souhila Belbahar, dans le recueil D’Alger et d’amour , ce langage nouveau frémit encore en nous. Comme l’espoir qu’il va envahir la vie: « Le poème ambré/Célèbre /Ta joie volée/ (…) Le poème/Savoure/L’instant/ Le cauchemar s’effrite/Le bourreau en est désespéré » (Salima Aït-Mohamed).
Julia Moldoveanu
Le Verbe dévoilé , Petite anthologie de la poésie arabe au féminin, dirigée par A. K. El Janabi, éd. Petite bibliothèque arabe, Paris Méditerranée, 65 F
Salima Aït-Mohamed , D’Alger et d’amour, éd. Autres temps, coll. Temps poétiques, 2001, 80 F
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