La poésie d’Henri Deluy assume la gravité baudelairienne d’une séquence et la chute leste, cette force synthétique de la parole capable de suggérer un pays en trois mots, l’image qui se crée au creux de l’objet, dans un rapprochement plutôt pictural, la science de la voyelle, la distinction du signe. L’heurt des langues et le délire des notions linguistiques qui envahissent le poème, matérielles, le langage qui se met en scène lui-même : « Qui était le genre, l’attribut du/Verbe. Qui le temps, la personne/Du sujet. Qui l’infinitif. Qui le/Mode pour qualifier l’aspect. » Suites de vers penchés à gauche comme une écriture d’écolier sage, images de voyages lapidaires, le goût de la route à Prague, en 1966, Naplouse, 2004, Lhassa, 1998, « ce parfum minéral sur/des masques cloutés » . Allitération illimitée, une couleur pour évoquer la mémoire d’une ville. Voici Bois de Santiago, 2003 :
//« Rouge écarlate sur le vernis délavé,
Draperies allongées près d’une serviette
Bariolée, nuances du rouge sur la couverture
Et sur le lit. Reflets sur un fond de mémoire,
Mémoire plus rouge, rouge plus encore, rouge un peu Plus chaque jour, la mort du caméléon. »//
Un recueil qui sublime « les ardeurs de la chair » dans une syntaxe sensuelle.
Julia Moldoveanu
Henri Deluy , Les Arbres noirs , Flammarion, 19 euros
A lire aussi ces recettes de cuisine saugrenues dans la revue Action poétique qu’Henri Deluy anime depuis tant d’années : des petits bijoux qui ravivent le palais.
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