Dire Cronce / Chantal Dupuy-Dunier

//Creusement de Cronc , titre rugueux pour nommer une mythologie qui couvre un lieu et une langue. Sorte de Yoknapatawpha faulknerien, « Cronce./ Tout son territoire figure/ dans l’énoncé de son nom. Un territoire qui loge « l’ombre d’un berger ; les femmes mortes en couches qui savent « que leur homme prendrait une autre femme/ sitôt la moisson rentrée,/ pour les enfants, pour les bêtes,/ et pour les blés. ; ou « Des notes insolites/ entre hêtres et frênes,/ plus aiguës aux décours, quand le vol d’un milan ourle/ le satin mat de la lune. »// Cronce, la terre et les racines. L’Auvergne de Chantal Dupuy-Dunier.

De ce registre pictural presque naturaliste aux couleurs de Millet, le verbe passe dans des zones plus rocailleuses, des morphèmes dépouillés, relogés, des aires de jeu cachés, « Nous disons Cronce/ et nous inventons Cronce./ Nous l’inventons poésie,/ à la croisée des sons et du verbe » . Confusion du lieu et du mot devenu émanation vaporeuse de la pierre. Poème prolongé dans les rapides visions des encres de Michèle Dadolle, contrée d’émerveillement et de rencontre du son et du signe. « Cela s’appelle écrire,/ Ou, peut-être, Cronce. » Un petit village dans la syntaxe poétique qu’il faut lire.

Chantal Dupuy-Dunier , Creusement de Cronce , Voix d’encre, 17 euros

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