//« Nous ne vieillirons pas ensemble/ Ta main si brusquement/ s’est retirée de la mienne »//. François Lescun, poète et universitaire, ose être romantique au début de ce XXIe siècle fatigué de tant de vécu.
Filigranes entre deux tombeaux respire ce parfum délicat, enivrant et mortel, que les poètes maudits ont laissé trainer derrière eux. Cette lointaine couleur de romance que notre exquis contemporain habite avec passion et anxiété, riche des noms perdus de Philippe et Roland. Entre deux amours mortes, la grâce des phrases des jours et des nuits, sans ponctuation, presque en apnée : « le feu pétille sous la paille et l’épidémie dévore les enfants dans les forêts pétrifiées le pain manque partout et sur les pierres des autels on affûte des sabres quand donc finira de saigner l’énorme taureau de la nuit » . Le poème déverse son lyrisme dans une ivresse de la douleur : « Ce mausolée naïf que je tricote/ avec des mots tremblants/ ce pauvre nid fait de fétus de paille/ pétris agglutinés par mes larmes/ où tu ne viendras pas te blottir » . Mélancolie, sincérité reconquise du langage : « Tu es parti/ mon ami mon enfant mon frère » « Tu es parti/ et je sens la coque du monde/ craquer de partout » . La mort déploie sa musique lancinante, et c’est ce mystère issu de l’absence qui arrache le vers au pathétique, au clinique, pour le faire planer dans des zones de douce clarté. A lire, comme un éternel retour.
Julia Moldovéanu
François Lescun , Filigranes entre deux tombeaux , éd. Caractères, 20 euros
A lire aussi, de François Lescun, Réfractions , Caractères, 2005
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