PCF : la vérité des prix

Quelle est la situation du Parti communiste en 2008 ? Les chiffres officieux circulent, différents des données communément admises. Combien a-t-il réellement de militants, de membres et d’élus ?

Où en est exactement le PCF à la veille de son congrès ? Electoralement, il est dans les basses eaux du communisme et de la gauche de gauche européenne. 5,9 % aux élections européennes de 2004, 1,9 % à la présidentielle de 2007, 4,6 % aux législatives de la même année et 8,8 % aux récentes cantonales de 2008 (tableau 1). Quelle que soit l’élection, le recul de longue durée est confirmé. Si l’on observe la moyenne obtenue par les communistes, quel que soit le type d’élection, ils mettent trois décennies pour reculer de 25 % à 20 %, deux décennies pour passer de 20 % à 15 % et une décennie, chaque fois, pour passer de 15 % à 10 %, puis de 10 % à 5 %.

Combien y a-t-il d’élus communistes ? Au lendemain des élections municipales et cantonales du printemps dernier, la direction annonçait le chiffre de 13 000 élus (tableau 2). En octobre, les dirigeants de l’Association nationale des élus communistes et républicains avancent, dans un document interne, un chiffre plus modeste mais plus vraisemblable, oscillant entre 6 800 et 9 500 ; trois semaines plus tard, le congrès de l’association suggère le chiffre de… 11 500 élus de l’Association, sans que soit cette fois donnée la ventilation départementale des effectifs. Quels sont les effectifs du parti lui-même ? Difficile de les évaluer exactement : depuis toujours, il convient de faire la différence entre les effectifs déclarés et les chiffres retenus en interne ; depuis quelques années s’établit la différence entre les « adhérents » et les « cotisants », les seconds étant numériquement plus près de la réalité que les premiers. Quelle tendance d’évolution retenir ? En 1979, la direction communiste annonçait officiellement un chiffre de 703 000 adhérents ; au même moment, des sources internes confidentielles n’en recensaient que 530 000. Depuis, les mêmes sources ne font qu’enregistrer le recul, plus ou moins fort selon les périodes : 345 000 en 1989, 182 000 en 1999. En 2002, la direction publie le chiffre de 125 600 cartes placées. A partir de cette date, la multiplication des consultations internes conduit à la publication régulière des statistiques de cotisants. En février 2006, au moment du congrès précédent, ce sont 99 300 cotisants qui participent au vote sur la « base commune » préparatoire au congrès. A l’automne 2008, le même type de statistiques avance le chiffre de 78 800 cotisants, soit 20 000 de moins qu’au précédent congrès. Or, curieusement, alors que le nombre de cotisants a sérieusement fléchi, la direction persiste à ajouter un chiffre de 132 000 adhérents supérieur à celui de… 2002. Au total, le PCF est dans une situation d’extrême fragilité. Ses résultats bruts ne sont pas des plus négligeables : selon le type d’élection, son potentiel se situe entre 2 % et 9 % des suffrages exprimés. Ses élus approchent du seuil des 10 000 et son réseau municipal continue de susciter bien des convoitises. Mais l’ensemble des indicateurs est au reflux : depuis 2001, le PCF a officiellement perdu au moins un quart de sa réserve d’élus. A l’Assemblée, il ne dispose d’un groupe parlementaire que grâce à une alliance « technique » avec les Verts. L’électorat communiste était autrefois structuré autour d’un noyau solide qui lui assurait une présence nationale conséquente. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Le communisme se cherche. Le PCF reste une force militante, qui s’interroge toutefois sur le sens de sa propre existence. Il conserve en outre un patrimoine électoral qui compte. Mais s’il ya des électeurs (bien sûr moins qu’avant…), il n’y a plus d’électorat structuré. Pour une grande part, quelque chose n’est plus de ce qui a été dans l’histoire le Parti communiste français. Ce n’est pas pour autant que le communisme politique a dit son dernier mot.

Roger Martelli

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