Les précaires souhaitent à tous un « Joyeux Bordel »!

La manifestation contre le chômage et la précarité a rassemblé cette année 5000 personnes, soit deux fois plus de monde que l’an dernier. Un succès certes relatif, mais qui semble démontrer une montée des mécontentements face aux difficultés économiques.

Comme chaque année depuis six ans au début du mois de décembre, les organisations de défense des précaires et des chômeurs manifestaient samedi dernier dans les rues de Paris. On pouvait notamment croiser des sans-papiers et soutiens du 9ème collectif, des militants et sympathisants d’AC ! (Agir contre le chômage), le grand cortège de l’APEIS (Association pour l’emploi, l’information, et la solidarité des chômeurs), l’association Act-up, des syndiqués de l’Union syndical solidaires, des intermittents… Tous exprimaient le même ras-le-bol.

Malgré un temps plutôt rude, le « traditionnel » défilé a rassemblé cette année plus de monde qu’habituellement, dans une ambiance festive et chaleureuse. 5000 personnes, contre 2000 personnes l’année dernière, ont ainsi manifesté de Stalingrad à la Place de Clichy, en passant par Barbès, sous le regard intéressé des passants et habitants, souvent solidaires, des quartiers populaires traversés. Pour Kamel, militant à Sud étudiant, « le contexte socio-économique a probablement favorisé » une telle affluence. La crise économique, les dernières réformes réduisant les droits des chômeurs, la montée de la précarité sont en effet autant de sujets qui alimentent les discussions des manifestants et les slogans. Car derrière l’expression poético-artistique du défilé, se profile une ferveur et une envie d’en découdre avec la classe dirigeante. Un discret mais efficace autocollant de l’APEIS souhaite à ceux qui le lisent un « joyeux bordel »…

Organiser rapidement un mouvement fédérateur contre l’offensive libérale et la précarisation massive, telle est la volonté de nombreux manifestants. Kamel verrait bien se tenir d’autres « initiatives, dès janvier 2009 » . Ce défilé pourrait ainsi être un coup d’essai en vue d’un large mouvement autour de la problématique de la précarité qui concerne : en réalité et potentiellement :beaucoup de monde aujourd’hui. Nicolas, jeune chômeur, militant de l’association Justice sociale pour les quartiers et membre de RESF (Réseau éducation sans frontière), apprécie que « cette manifestation soit moins spécifique » . « La lutte contre une précarité grandissante peut être fédératrice » , explique-t-il.

Les intermittents du spectacle étaient rassemblés derrière les drapeaux rouges de la compagnie Jolie Môme et la banderole du Collectif des intermittents et précaires. La dernière trouvaille du gouvernement pour torpiller encore un peu plus leur statut est tombée quelques jours avant la manifestation : après le 1er janvier, date prévue pour le vote d’un nouveau décret, le temps d’indemnisation des intermittents sera équivalant au temps travaillé. Pour François Brey, ingénieur du son, «ces technocrates mandatés pour casser [leur] statut ne considèrent pas la culture comme fondamentale» . Sur sa pancarte, on peut lire que «la culture sans intermittent, c’est comme un chameau sans bosse, ça ne traverse pas le désert» . Or «tout comme la précarité, le désert culturel nous guette» , assure-t-il. A moins que le «raz-de-marée populaire» voulu par une manifestante ne prenne forme rapidement et réponde ainsi à la demande de plus en plus pressante d’une bonne partie de la population.

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