//« Le 27 novembre, soyons debout ! Les chercheurs ont été à la hauteur de cet appel lors de la journée de grève et de mobilisation qui a rassemblé plus d’un millier de personnes. Face à l’ampleur des attaques du gouvernement, leur programme était chargé. La présence policière et les manœuvres déstabilisantes des pouvoirs publics le furent tout autant. Dès 8 heures du matin, il était prévu de bloquer le conseil d’administration du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). Celui-ci devait entériner « les préludes au démantèlement du CNRS, la réduction du nombre de postes ouverts au concours d’entrée au CNRS, et un budget 2009 largement insuffisant , dénonce le collectif Sauvons la Recherche (SLR). Après diverses rumeurs qui ont couru à propos du lieu, le conseil d’administration s’est finalement tenu à quelques centaines de mètres du siège du CNRS, dans un bâtiment cerné par les CRS, empêchant toute action de blocage du conseil d’administration. L’initiative n’aura sans doute pas été veine pour autant, comme le précise Olivier Vallon, chercheur en biologie au CNRS de Paris mobilisé aux côtés de SLR : « les membres élus, associés à la manifestation, n’ont pas pu intégrer le conseil d’administration, ce qui devrait permettre son annulation »//.
Cet échec relatif n’aura en tout cas pas démobilisé les chercheurs qui ont défilé en nombre en fin de matinée pour une marche symbolique du « déménagement » du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche vers l’Agence Nationale pour la Recherche (ANR). Aux dires d’Olivier Vallon, cet organisme a été crée en 2005 par le gouvernement « pour torpiller les établissements publics scientifiques et techniques » (EPTS), – dont le CNRS fait partie – qui « par leur tradition d’évaluation interne, se plient mal au pilotage gouvernemental » . Selon le collectif SLR, l’agence, dotée d’un budget plus important que le CNRS et plus proche du Ministère que de la communauté scientifique, prend finalement sous sa tutelle la totalité des laboratoires de recherche. Un système d’évaluations et de distribution des budgets au coup par coup serait mis en place, en fonction de critères de rentabilité directe. Comme l’affirme également le chercheur en biologie, l’objectif du gouvernement semble à la fois « comptable» , avec « la diminution du nombre de postes statutaires et l’augmentation des contrats précaires » , mais aussi politique, voire idéologique : le budget privilégiant principalement « la recherche directement appliquée à l’économie ou à la technologie » .
A l’approche du point de chute, la présence policière était toujours aussi impressionnante. Quelques dizaines de manifestants sont tout de même parvenus à déployer le long de la façade de l’agence une banderole sur laquelle on pouvait lire « ANR, usine à précaires » . Ils ont ensuite été rejoints par le cortège de chercheurs qui décidèrent d’occuper les lieux pour faire entendre leurs revendications. Ceux-ci, jeunes doctorants, post-doctorants, enseignants-chercheurs d’université ou chercheurs statutaires, demandent notamment un moratoire sur les réformes en cours, une réelle augmentation du budget allouée à la recherche, et la création d’emplois statutaires. Délogés manu militari vers 23 heures, les manifestants ont la ferme intention de renouveler ce type de journée.

S.L.
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