Questions d’ados est un guide destiné aux 13-15 ans, réalisé avec leur aide. Outre la procréation et les maladies sexuellement transmissibles, il aborde les rapports garçons-filles, la puberté, ou encore le dialogue avec les parents. Educatif, ludique et utile. Entretien avec Amaelle Guiton, journaliste, co-auteure du livre.
Quel était votre objectif en écrivant ce livre ?
Amaelle Guiton. Ce guide veut sortir la sexualité de son côté « obscur ». Avec les professionnels qui ont participé au projet, on ne voulait pas se contenter de décrire le parcours des jeunes filles pour avorter ou les différentes méthodes de contraception… De 13 à 15 ans, les jeunes n’ont pas souvent de vie sexuelle, donc il fallait répondre à leurs attentes.
En quoi consiste l’éducation sexuelle des jeunes aujourd’hui?
A.G. Ce ne sont ni les parents, ni l’Education nationale qui la font. Je ne crois pas d’ailleurs que ce soit leur rôle. Des intervenants extérieurs viennent dans les établissements scolaires, notamment en 4e, mais ils s’occupent plus de prévention. Les jeunes font leur éducation avec Internet, la pornographie et les radios libres. Les ados qui ont participé à notre livre sont membres du Conseil général des collégiens du Val-de-Marne, donc ils ont déjà une certaine maturité et une capacité à prendre du recul. Cela ne les empêche pas d’aller sur Internet, sur « Doctissimo » par exemple, pour poser des questions très précises, ou encore d’écouter les émissions de Difool à la radio.
Vous paraît-il judicieux que l’on délègue l’éducation sexuelle de la jeunesse aux radios libres et à Internet?
A.G. Difficile à dire. L’avantage de ces deux médias, c’est l’anonymat. Vous vous imaginez poser une question sur la fellation devant tous vos petits camarades lors de la séance annuelle ? Je n’aime pas le ton des animateurs radio, mais cela ne m’empêche pas de penser que leur rôle est utile pour dédramatiser la sexualité. Concernant Internet, je suis évidemment choquée par les rapports de domination et de violence que véhicule la pornographie. Je ne pense pas pour autant que le fait de montrer des personnes faisant l’amour soit une mauvaise chose. Au contraire, il est tout à fait possible d’envisager une pornographie intéressante. Au Québec, des documentaires explicites sont réalisés pour dénoncer les rapports de domination et la violence entre les sexes. L’important, c’est d’aider les jeunes à déconstruire le mythe de la pornographie. Nous devons les inciter à prendre du recul, tout en les laissant libres. Le principal problème que nous avons rencontré était de réussir à placer le curseur au bon endroit entre information et libre arbitre. Dans la partie sur la masturbation, il y a eu débat pour savoir si l’on devait laisser la phrase : «La masturbation ne rend ni sourd ni stérile.» Notre rôle n’était pas de dire : la masturbation, c’est fantastique. Mais la majorité de ceux qui ont élaboré ce livre trouvaient important que cette phrase apparaisse, tout simplement parce que certains enfants l’entendent encore. Ce que notre livre s’essaye à faire, et ce que l’Education nationale devrait faire, c’est donner des outils de compréhension aux adolescents, tout en laissant place à leur imaginaire et leur liberté.
Donc on ne doit pas parler du plaisir à l’école?
A.G. Je ne crois pas que l’école soit le lieu pour apprendre à donner du plaisir et à s’épanouir sexuellement. Par contre, le fait que le clitoris ne soit pas expliqué m’intrigue et m’énerve. Dans notre livre, nous les informons en écrivant que le clitoris est souvent appelé « l’organe du plaisir ». On ne va pas jusqu’à leur dire comment il faut le caresser, mais au moins ils sauront ce que c’est ! Les jeunes ne veulent pas forcément qu’on leur prémâche le travail, en leur expliquant les techniques. D’ailleurs, je ne suis pas sûre qu’il y en ait, des techniques.
En 1972, le docteur Jean Carpentier publiait un tract pour améliorer l’épanouissement sexuel, serait-ce possible aujourd’hui?
A.G. Tout a explosé avec 1968, il y avait tellement de barrières auparavant, que d’un seul coup, la liberté s’est imposée. Le contre-coup a été une sorte de retour à l’ordre moral. L’arrivée du sida, le fait que l’on puisse mourir après un rapport sexuel, a encore ajouté une certaine austérité.
Propos recueillis par Par Victor Sauvage
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