Coupable de s’être opposé à l’expulsion d’un sans papier, un militant de RESF va être jugé. Ce sera au tribunal d’Aix en Provence, deux jours avant le premier tour de l’élection présidentielle. Et cela donnera lieu à une manifestation pour dénoncer « la criminalisation de l’action militante ».
Florimond Guimard suivra-t-il le second tour de l’élection présidentielle depuis une cellule des Baumettes, à Marseille ? Le 20 avril, à 14h, ce professeur des écoles militant du Réseau éducation sans frontières des Bouches du Rhône (RESF 13), passera devant le Tribunal d’Aix-en Provence pour y répondre aux accusations de « violences volontaires aggravées sur personne dépositaire de l’autorité publique, faits commis en réunion, avec arme par destination ».
Les faits remontent au 11 novembre 2006. Ce jour-là, à l’aéroport de Marseille-Marignane, environ 200 militants de RESF et d’organisations syndicales et politiques de gauche, parviennent à empêcher l’expulsion de Monsieur Douibi. Sans-papier, marié, ce père d’enfants scolarisés a été enfermé le 26 octobre au centre de rétention administrative du Canet (cf. Regards n° 36 de janvier 07) suite à une interpellation dans la rue. Ce 11 novembre, deux jours après avoir échappé au bateau, il refuse de monter à bord de l’avion et, soutenu par les manifestants, reste sur le tarmac. Il retrouvera sa famille le soir, au terme d’une journée décrite par tous les acteurs comme « éprouvante » et marquée par quelques frictions avec les forces de l’ordre.
La préfecture prend sa revanche
La mobilisation a payé et Monsieur Douibi est libre. Cela n’est pas du goût de la préfecture de Marseille réputée pour sa dureté et son mépris des partenaires sociaux et associatifs sur les questions d’immigration.
Le 19 décembre, plus d’un mois plus tard, Florimond Guimard est, avec une autre militante, convoqué au commissariat. Lors de sa garde à vue, qui va durer une dizaine d’heures, il est notamment confronté aux policiers qui portent deux plaintes contre lui, relatives à ses actions à Marignane le 11 novembre : l’une pour avoir bousculé une barrière, entraînant la blessure au pouce d’un policier (un jour d’ITT). Une autre pour avoir « tenté de percuter » un véhicule de police avec sa Citroën Saxo (un modèle bien connu pour ses caractéristiques proches de celles du char d’assaut). Cette auto avec laquelle le militant a suivi la voiture de police, présumant que Monsieur Douibi s’y trouvait, est « l’arme par destination » dont il aurait usé à l’encontre de la maréchaussée.
Contestant les faits qui lui sont reprochés, Florimond Guimard assure que selon les textes, il risque aujourd’hui 3 ans de prison et 45 000 ? d’amendes.
Face à ce qu’il considère comme un témoignage de la « politique répressive organisée par le gouvernement dont le but est de bâillonner la résistance citoyenne », le réseau RESF 13 a décidé de faire de la journée du 20 avril 2007 « une gigantesque manifestation anti-criminalisation de l’action militante ». Une manifestation qui aura lieu à deux jours du premier tour de l’élection présidentielle, à 10 h, sur la place du Général de Gaulle d’Aix en Provence. La veille et l’avant-veille, sont prévus des projections de cinéma à Marseille et un concert de soutien à Aubagne.
Après les présidentielles ? La lutte continuera !
Ce procès et la mobilisation qui l’accompagne interviennent un mois après que le jeune Sedat Tastan, kurde de 19 ans, ait, comme Monsieur Douibi en novembre, échappé à l’expulsion vers la Turquie où la prison l’attendait. Cela grâce, encore, à la mobilisation de RESF, d’abord à Marseille, où vit Sedat et où il avait été mis en rétention, puis à Roissy en Ile de France où il avait été transporté par avion militaire. Dans ces deux endroits, l’action des militants conjugués à l’indignation des passagers de plusieurs vols a payé et Sedat a pu rester sur le territoire français.
Le 20 avril, c’est bien la légitimité de la désobéissance civile qui va être jugée au tribunal d’Aix-en-Provence. Dans le cortège des manifestants, sera sûrement évoqué le cas de Valérie Bukobza, directrice de l’école maternelle Rampal, Paris Belleville, mise en garde à vue le 23 mars pour s’être opposée à des rafles devant son établissement mais relaxée depuis par le tribunal. Le nom de Lucie Aubrac, célébrée par la République après sa mort le 14 mars, pourrait lui aussi être évoqué dans le défilé aixois. Lucie Aubrac qui estimait que « le mot résister doit toujours se conjuguer au présent ». Et au futur proche, selon Florimond qui, à deux semaines de son procès, assurait que « ceux qui seront portés au pouvoir en mai, quels qu’ils soient, doivent savoir que l’on continuera à se battre avec les mêmes méthodes et que l’on violera la loi si il le faut. » A bon(ne) entendeur(se) ?
Contacts :
RESF 13 c/o Mille Babords 61, rue Consolat 13001 Marseille : Tél : 06 31 32 48 65
resf13@no-log.org (sur le site national : www.educationsansfrontieres.org , possibilité de se procurer la déclaration de soutien « nous refusons la criminalisation de l’action militante »)
Et voici le texte de la pétition de soutien, à signer en ligne sur : www.educationsansfrontieres.org/spip.php?article4861
LA SOLIDARITE NE DOIT PAS DEVENIR UN DELIT !
Arrêt des poursuites contre les militants de RESF et Florimond Guimard.
Depuis plusieurs mois, des actions en solidarité avec les Sans Papiers se font jour : manifestations, parrainages citoyens, accompagnements en préfecture, pétitions, présence dans les tribunaux, débats publics, hébergements d’urgence… Ces actes sont le reflet d’une prise de conscience dans l’opinion face à une politique liberticide menée par le gouvernement. Ils portent en eux-mêmes les valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et constituent une défense des droits de l’Homme : droit de vivre en famille, droit à la scolarité, droit à la sécurité, droit à la santé… Au lieu de traiter le problème sur le fond, le gouvernement choisit de criminaliser ces actions citoyennes.
Le 11 novembre 2006, près de 200 personnes, militants syndicaux, associatifs, politiques, des élus républicains, des membres du Resf13, des citoyens… manifestent de manière déterminée mais non violente à l’aéroport de Marseille-Provence contre l’expulsion d’un père de famille de deux enfants scolarisés à Marseille et la mettent en échec. Plus d’un mois après ces évènements, Florimond Guimard, professeur des écoles à Marseille, militant syndical et associatif, était placé en garde à vue et devra comparaître le 20 Avril à 14h ; devant le Tribunal Correctionnel d’Aix en Provence (40 Bd Carnot) pour « violence en réunion avec arme par destination ».
Pourtant aucun blessé n’a été déploré ce jour, si ce n’est 1 jour d’ITT concernant un policier dont le pouce aurait heurté une barrière et quelques éraflures côté manifestants. Florimond Guimard a par ailleurs suivi à distance la voiture de police qui emmenait le père de famille à expulser. Voilà ce que sont les « violences en réunion et avec arme » (la voiture !) dans ce dossier, faits passibles de 3 ans d’emprisonnement et 45 000 ? d’amende.Florimond Guimard n’est pas un délinquant adepte des violences. C’est un militant syndical, particulièrement investi dans le RESF13, et un pédagogue dont le travail est reconnu.
Nous demandons l’arrêt immédiat des poursuites contre ce militant des droits de l’homme et contre tout militant de RESF. Nous serons présents le vendredi 20 avril 2007 au Tribunal d’Aix en Provence et appelons tous les citoyens indignés par cette criminalisation de l’action militante à nous y rejoindre.
MANIFESTATION 10H à la ROTONDE d’Aix en Provence
(Place du Général De Gaulle, en bas du cours Mirabeau)
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